La consommation d’alcool fait partie de certaines occasions sociales, y compris chez les sportifs amateurs. Mais quelles conséquences peut-elle avoir sur les adaptations à l’entraînement, la récupération et la santé ?
Les effets sur la performance et les adaptations
Une amélioration de la condition physique malgré une consommation d’alcool ne signifie pas que celle-ci soit sans risque. Le programme BEER-HIIT a étudié dix semaines d’entraînement par intervalles, à raison de deux séances hebdomadaires, chez de jeunes adultes en bonne santé. Les participants choisissaient d’abord de recevoir ou non de l’alcool ; la répartition entre les boissons était ensuite randomisée à l’intérieur de ces choix. Les hommes recevaient deux portions de 330 ml par jour et les femmes une portion, du lundi au vendredi. Les boissons alcoolisées contenaient 5,4 % d’alcool. Le financement par le Centro de Información Cerveza y Salud est à prendre en compte dans l’interprétation.2,3 Les publications de ce même programme portent sur 72 participants pour la composition corporelle et 73 pour la condition physique. Elles rapportent notamment une diminution de la masse grasse, une augmentation de la masse maigre et une amélioration de la capacité cardiorespiratoire dans les groupes entraînés, sans différence attribuée à la boisson pour ces résultats. Elles ne montrent pas une amélioration de tous les tests : les sauts verticaux ne changeaient pas. La masse maigre n’est pas une mesure directe de muscle gagné. Ces essais courts, avec un choix initial non randomisé de consommer de l’alcool, ne démontrent ni équivalence parfaite ni innocuité à long terme.
D’autres expériences ont observé une altération de la récupération après une forte consommation. Chez huit hommes actifs, une dose expérimentale de 1,5 g d’éthanol par kilogramme de masse corporelle après un exercice combiné a réduit la synthèse des protéines myofibrillaires par rapport à une prise de protéines sans alcool. La diminution était de 24 % avec alcool et protéines, et de 37 % avec alcool et glucides. Ces doses expérimentales ne sont pas des recommandations, et leur équivalence en verres dépend du poids et de la boisson.4 Dans un autre essai, onze hommes ont effectué 300 contractions excentriques maximales du quadriceps. Après l’effort, ils recevaient soit une boisson contenant 1 g d’éthanol par kilogramme avec du jus d’orange, soit une quantité de jus d’orange apportant la même énergie, lors de deux occasions distinctes.5 La perte de force mesurée à 36 et 60 heures était plus importante avec l’alcool. Les douleurs musculaires et la créatine kinase ne différaient toutefois pas significativement entre les conditions. Les résultats indiquent donc une récupération fonctionnelle moins favorable dans ce protocole, sans prouver un effet identique sur tous les marqueurs. Une consommation d’alcool peut aussi perturber l’organisation des repas, mais l’étude de Parr montre que la présence de protéines ne supprime pas l’effet observé sur la synthèse protéique.
Au-delà de la condition physique
Les effets sur quelques tests sportifs ne résument pas les effets sur la santé. Même de faibles consommations peuvent être associées à certains risques. L’analyse mondiale GBD portant sur la période 1990–2016, publiée en 2018 dans The Lancet, classait l’alcool au septième rang des facteurs de risque de décès et de perte de santé en 2016. Les proportions de décès standardisées sur l’âge étaient de 2,2 % chez les femmes et de 6,8 % chez les hommes. Les valeurs proches de 4 % et 12 % citées dans l’article d’origine concernaient spécifiquement les 15–49 ans : 3,8 % et 12,2 %, et non l’ensemble des décès mondiaux.1 Dans cette analyse, le niveau de consommation estimé minimiser la perte globale de santé était zéro. Il s’agit d’une estimation populationnelle issue de ce modèle, pas d’un calcul du risque individuel à partir de ces seuls pourcentages.1 Ces résultats historiques ne doivent pas être présentés comme un classement mondial actualisé. Ils rappellent surtout qu’une absence d’effet détecté sur la condition physique ne rend pas l’alcool bénéfique ou sans risque.
Conclusions
Dans certaines études de courte durée, une consommation d’alcool n’a pas empêché les adaptations mesurées après un programme d’entraînement. D’autres essais montrent une altération de la récupération après de fortes doses. La santé ne se limite pas à la performance : l’alcool ne constitue pas une stratégie de récupération, et réduire sa consommation permet de limiter l’exposition à ses risques.
Références :
- Griswold MG, Fullman N, Hawley C, et al. Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990-2016: A systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. Lancet. 2018;392(10152):1015-1035. doi:10.1016/S0140-6736(18)31310-2
- Molina-Hidalgo C, De-Lao A, Jurado-Fasoli L, Amaro-Gahete FJ, Castillo MJ. Beer or ethanol effects on the body composition response to high-intensity interval training. The BEER-HIIT study. Nutrients. 2019;11(4):909. doi:10.3390/nu11040909
- Molina-Hidalgo C, De-La-O A, Dote-Montero M, Amaro-Gahete FJ, Castillo MJ. Influence of daily beer or ethanol consumption on physical fitness in response to a high-intensity interval training program. The BEER-HIIT study. J Int Soc Sports Nutr. 2020;17:29. doi:10.1186/s12970-020-00356-7
- Parr EB, Camera DM, Areta JL, et al. Alcohol ingestion impairs maximal post-exercise rates of myofibrillar protein synthesis following a single bout of concurrent training. PLoS One. 2014;9(2):e88384. doi:10.1371/journal.pone.0088384
- Barnes MJ, Mündel T, Stannard SR. Acute alcohol consumption aggravates the decline in muscle performance following strenuous eccentric exercise. J Sci Med Sport. 2010;13(1):189-193. doi:10.1016/j.jsams.2008.12.627
