L’accompagnement nutritionnel d’une blessure vise à soutenir la récupération et le retour au sport dans de bonnes conditions, en coordination avec l’équipe médicale et la rééducation. Les priorités dépendent de la blessure et de sa gravité ; préserver le tissu musculaire et sa fonction pendant la réduction d’activité en fait généralement partie.
Pendant les premières semaines de réduction d’activité, limiter l’atrophie et ses conséquences fonctionnelles constitue donc un objectif important. Des pertes peuvent apparaître rapidement : dans l’étude de Wall et ses collègues décrite plus loin, cinq jours d’immobilisation d’une jambe ont entraîné une baisse moyenne de 3,9 % de la section transversale du quadriceps chez douze jeunes hommes. Ce n’est pas une perte de 3,9 % de toute la masse musculaire ou de la masse maigre du corps. L’ampleur des changements de taille et de force varie selon le protocole et la personne, ce qui justifie d’organiser la prise en charge dès le début.
De Boer et ses collègues (2007) ont étudié neuf hommes lors d’une suspension unilatérale de la jambe. La synthèse des protéines myofibrillaires diminuait au cours des dix premiers jours, puis restait à un niveau plus bas. La synthèse du collagène du tendon rotulien continuait de diminuer jusqu’au vingt-et-unième jour. Ces résultats montrent que les réponses du muscle et du tendon doivent être distinguées ; ils ne permettent pas de prédire le délai de récupération d’un sportif blessé.
La diminution de la réponse musculaire aux apports alimentaires est appelée résistance anabolique. Dans une étude publiée par Wall et ses collègues en 2015 dans l’American Journal of Physiology — Endocrinology and Metabolism, douze jeunes hommes avaient une jambe immobilisée pendant cinq jours, puis ingéraient 25 g de protéines. La synthèse protéique myofibrillaire après le repas était environ 53 % plus faible dans la jambe immobilisée que dans l’autre. Cela ne signifie pas que les protéines sont inutiles, mais souligne qu’augmenter les apports ne remplace pas, à lui seul, les stimuli de la rééducation.
La coordination avec le professionnel chargé de la rééducation est donc essentielle. Dirks et ses collègues (2014), dans Acta Physiologica, ont étudié chez 24 jeunes hommes cinq jours d’immobilisation avec ou sans électrostimulation neuromusculaire supervisée, à raison de deux séances de 40 minutes par jour. Aucune perte musculaire significative n’était détectée dans le groupe stimulé, mais sa force diminuait tout de même d’environ 7 %. La revue publiée par Dirks et ses collègues en 2018 souligne l’intérêt de combiner un stimulus musculaire approprié et un soutien nutritionnel ; il ne s’agit pas d’un nouvel essai démontrant une addition automatique des effets. Les modalités de stimulation et les apports protéiques relèvent d’une prise en charge individualisée. Des sources de protéines de qualité, réparties dans la journée, peuvent aider à couvrir les besoins.
Les oméga-3 sont une piste étudiée, avec des limites importantes. Dans un essai publié par McGlory et ses collègues en 2019, vingt jeunes femmes recevaient un protocole débutant quatre semaines avant l’immobilisation, avec 5 g d’acides gras oméga-3 par jour dans le groupe supplémenté. Il ne s’agissait pas simplement de 5 g d’huile de poisson, ni d’un traitement commencé après une blessure imprévue. Les résultats ne justifient pas une supplémentation systématique toute l’année pour prévenir les blessures ; le besoin, la dose et les précautions doivent être évalués par l’équipe soignante.
La créatine a également été étudiée pendant l’immobilisation. Dans un petit essai de Johnston et ses collègues, publié en 2009 dans le Journal of Strength and Conditioning Research, sept jeunes hommes recevaient successivement un placebo puis 20 g de créatine par jour, répartis en quatre prises de 5 g, pendant des périodes d’immobilisation du bras. La masse maigre et la performance musculaire étaient mieux préservées avec la créatine ; le texte original inversait le sens de ce résultat. Cependant, l’effectif était très faible et l’ordre des conditions fixe. Un essai randomisé ultérieur chez trente hommes, publié par Backx et ses collègues en 2017, n’a pas trouvé de préservation de la masse ou de la force pendant l’immobilisation d’une jambe. Le protocole de 2009 n’est donc pas une recommandation valable pour toutes les blessures.
Les besoins en micronutriments, dont la vitamine D, doivent également être pris en compte. Une insuffisance éventuelle relève d’une évaluation adaptée. Les fruits et légumes apportent notamment des polyphénols et contribuent à une alimentation variée ; cela ne prouve pas qu’une supplémentation antioxydante accélère systématiquement la guérison. L’inflammation fait aussi partie des processus de réparation.
Les points à retenir
- Couvrir les besoins en protéines de qualité et les répartir sur la journée. Le repère d’environ 2,3 g/kg de poids corporel par jour cité dans l’article s’inscrit dans une discussion sur l’immobilisation ; il doit être adapté à la situation clinique et aux apports habituels, et non appliqué automatiquement à tout sportif blessé.
- Adapter l’apport énergétique total à la baisse d’activité et aux besoins de la récupération. Une restriction excessive peut compromettre le maintien musculaire.
- Inclure des sources alimentaires d’oméga-3, comme les poissons gras, lorsque cela convient à l’alimentation de la personne. Une supplémentation à forte dose nécessite une évaluation spécifique ; son intérêt après une blessure n’est pas établi dans toutes les situations.
- Considérer la créatine comme une piste complémentaire à discuter selon le contexte, avec des résultats variables pendant l’immobilisation et sans remplacer la rééducation.
- Évaluer le statut en vitamine D lorsque cela est indiqué et corriger une éventuelle carence selon l’avis médical.
- Conserver une alimentation variée comprenant des fruits et légumes. Références complémentaires de la présente révision : Tipton (2015), doi:10.1007/s40279-015-0398-4 ; McGlory et al. (2019), doi:10.1096/fj.201801857RRR ; Backx et al. (2017), doi:10.1007/s40279-016-0670-2.
AUTEUR
Fernando Mata
Directeur général de NutriScience Espagne — fonction indiquée dans l’article original.
COL (AND-01053)
