Les compléments alimentaires utilisés dans le sport peuvent répondre à différents objectifs : soutenir la performance, préserver la santé ou corriger un apport nutritionnel insuffisant. Leur intérêt dépend toutefois des besoins du sportif et des résultats des études. C’est dans ce contexte que la lactoferrine suscite un intérêt croissant.
Qu’est-ce que la lactoferrine ?
La lactoferrine est une glycoprotéine, c’est-à-dire une protéine liée à des glucides. Elle est naturellement présente dans différents fluides de l’organisme, notamment le lait maternel. La lactoferrine utilisée dans les compléments peut être extraite du lait de vache.
La lactoferrine peut se lier fortement au fer. En réduisant le fer disponible pour certains micro-organismes, elle peut limiter leur croissance. Elle participe également aux mécanismes de régulation du fer ; son rôle ne se résume pas à une augmentation systématique de l’absorption intestinale [1].
Les travaux recensés décrivent notamment des activités antimicrobiennes, immunomodulatrices, antioxydantes et anti-inflammatoires, ainsi qu’un rôle dans le métabolisme du fer [1]. Ces propriétés biologiques ne démontrent pas, à elles seules, un bénéfice de la supplémentation pour chaque sportif.
Quels effets ont été étudiés chez les sportifs ?
Les périodes d’entraînement ou de compétition à fort volume et à haute intensité peuvent s’accompagner de modifications des cellules immunitaires et des cytokines. Les affections respiratoires sont également un motif de maladie observé en compétition [2–4]. Ces observations ne prouvent pas qu’une supplémentation en lactoferrine prévient les infections chez les athlètes. Dans un essai de 12 semaines chez des adultes en bonne santé, Oda et ses collègues ont observé des scores de symptômes respiratoires et généraux plus faibles avec la lactoferrine qu’avec le placebo [5]. Il ne s’agissait pas d’une étude menée pendant un entraînement sportif intense. Par ailleurs, la méta-analyse de Berthon et ses collègues a constaté une diminution de l’incidence des infections respiratoires chez les nourrissons et les enfants, mais pas chez les adultes [6]. Certains marqueurs inflammatoires ont évolué favorablement, sans résultat uniforme pour tous les marqueurs. L’intérêt de la lactoferrine pour l’immunité des sportifs reste donc à préciser.
La lactoferrine est aussi étudiée pour son rôle dans le métabolisme du fer. Dans un essai chez des femmes enceintes présentant une anémie ferriprive, l’hémoglobine, la ferritine et le fer sérique ont augmenté après 30 jours dans les groupes lactoferrine et sulfate ferreux, sans différence significative entre eux. Les douleurs abdominales et la constipation étaient moins marquées avec la lactoferrine [7]. D’autres essais chez des femmes enceintes ou non enceintes présentant une carence en fer ont rapporté des résultats favorables sur certains paramètres sanguins [8]. Ces populations cliniques diffèrent des sportifs sans carence. Les athlètes d’endurance, notamment les femmes, peuvent présenter un risque accru de déficit en fer : l’interprétation des analyses doit tenir compte de l’entraînement, de l’alimentation et de l’état de santé [9].
Un petit essai a comparé pendant 8 semaines, chez 16 coureuses de fond, un apport de fer associé à la lactoferrine à un apport de fer seul [10]. À la fin de l’étude, le nombre de globules rouges était plus élevé dans le groupe lactoferrine. La ferritine et le fer sérique avaient diminué significativement par rapport au départ dans le groupe témoin, mais pas dans le groupe lactoferrine ; la publication ne rapporte pas de différence significative entre groupes pour ces deux paramètres. L’hémoglobine n’a pas changé significativement dans l’un ou l’autre groupe. Une course de 3 000 m à allure imposée a été réalisée par 11 participantes, dont cinq du groupe lactoferrine. Après huit semaines, leur lactate sanguin après l’effort était inférieur à celui des six témoins, sans baisse significative par rapport à leur propre valeur initiale. Ce résultat ne démontre ni un meilleur temps de course ni une élimination plus rapide du lactate. Il suggère une piste à confirmer sur des effectifs plus importants [10].
Quelles doses ont été étudiées ?
Les protocoles varient selon la population et l’objectif. L’essai d’Oda chez des adultes en bonne santé utilisait 200 mg de lactoferrine par jour pendant 12 semaines [5]. Celui de Koikawa chez les coureuses utilisait 1,8 g par jour pendant 8 semaines, avec du fer dans les deux groupes [10]. Ces doses expérimentales ne constituent pas une recommandation générale de prévention pour les sportifs. Ces deux essais ne comparent pas l’absorption lors d’une prise à jeun à celle d’une prise au cours d’un repas. Ils ne permettent donc pas d’affirmer qu’une prise juste avant les repas améliore l’absorption. Le choix d’un complément doit tenir compte de la situation individuelle et, en cas de suspicion de carence, d’un bilan interprété par un professionnel de santé.
Conclusion
La lactoferrine fait l’objet de recherches sur l’immunité et le métabolisme du fer. Les résultats disponibles dépendent des populations et des critères étudiés. Chez les athlètes, les données restent limitées : elles ne permettent pas de présenter ce complément comme un traitement général, une prévention à long terme des infections ou de l’anémie, ni comme une garantie de meilleure performance.
AUTEUR
Lucas Jurado Fasoli — Docteur en biomédecine (UGR). Diététicien-nutritionniste. Chercheur à l’Instituto Mixto Universitario Deporte y Salud et enseignant-chercheur (Profesor Ayudante Doctor) au département de physiologie de l’Université de Grenade.
Références
[1] Hong R, Xie A, Jiang C, Guo Y, Zhang Y, Chen J, et al. A review of the biological activities of lactoferrin: Mechanisms and potential applications. Food Funct. 2024;15:8182–8199. DOI
[2] Engebretsen L, Soligard T, Steffen K, Alonso JM, Aubry M, Budgett R, et al. Sports injuries and illnesses during the London Summer Olympic Games 2012. Br J Sports Med 2013;47:407–14. DOI
[3] Pedersen BK, Steensberg A, Schjerling P. Exercise and interleukin-6. Curr Opin Hematol 2001;8:137–41. DOI
[4] Pedersen BK, Toft AD. Effects of exercise on lymphocytes and cytokines. Br J Sports Med 2000;34:246–51. DOI
[5] Oda H, Kubo S, Tada A, Yago T, Sugita C, Yoshida H, et al. Effects of bovine lactoferrin on the maintenance of respiratory and systemic physical conditions in healthy adults—a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Nutrients 2023;15:3959. DOI
[6] Berthon BS, Williams LM, Williams EJ, Wood LG. Effect of lactoferrin supplementation on inflammation, immune function, and prevention of respiratory tract infections in humans: a systematic review and meta-analysis. Advances in Nutrition 2022;13:1799–819. DOI
[7] Nappi C, Tommaselli GA, Morra I, Massaro M, Formisano C, Di Carlo C. Efficacy and tolerability of oral bovine lactoferrin compared to ferrous sulfate in pregnant women with iron deficiency anemia: a prospective controlled randomized study. Acta Obstet Gynecol Scand 2009;88:1031–5. DOI
[8] Paesano R, Berlutti F, Pietropaoli M, Goolsbee W, Pacifici E, Valenti P. Lactoferrin efficacy versus ferrous sulfate in curing iron disorders in pregnant and non-pregnant women. Int J Immunopathol Pharmacol 2010;23:577–87. DOI
[9] Lee EC, Fragala MS, Kavouras SA, Queen RM, Pryor JL, Casa DJ. Biomarkers in sports and exercise: tracking health, performance, and recovery in athletes. J Strength Cond Res 2017;31:2920–37. DOI
[10] Koikawa N, Nagaoka I, Yamaguchi M, Hamano H, Yamauchi K, Sawaki K. Preventive effect of lactoferrin intake on anemia in female long distance runners. Biosci Biotechnol Biochem 2008;72:931–5. DOI
