Cet article a été rédigé au début de la pandémie de COVID-19, causée par le SARS–CoV-2. À cette période circulaient de nombreuses recommandations alimentaires ou de compléments censées empêcher la contamination, parfois accompagnées de promesses de « renforcement » du système immunitaire. Que permettent réellement de conclure les données évoquées ?
Un effet sur un marqueur immunitaire dans un contexte donné ne démontre pas qu’un complément prévient une infection par ce coronavirus. De même, corriger une carence ou modifier une réponse aiguë au stress ne garantit pas un bénéfice clinique durable. Cet article ne propose aucun complément pour prévenir ou traiter la COVID-19 : il examine des connaissances sur l’immunité du sportif et leurs limites. L’objectif pratique est de donner des repères pour construire une alimentation adaptée avec les professionnels qui accompagnent l’athlète.
Un sportif malade peut devoir réduire son entraînement ou renoncer à une compétition. Préserver la santé contribue donc à sa disponibilité pour s’entraîner.
Certaines études observationnelles rapportent une association entre moins d’infections, des épisodes plus courts et de meilleurs résultats sportifs. Elles ne prouvent pas que l’absence d’infection provoque à elle seule l’obtention de médailles ; entraînement, exposition et caractéristiques des athlètes peuvent également intervenir.
Dans un suivi de trois ans portant sur 322 athlètes olympiques, environ 70 % des maladies enregistrées par le personnel médical ont entraîné une absence complète de l’entraînement ou de la compétition. Les autres épisodes ont limité la performance ou la participation. Ces chiffres, rapportés dans la revue de Walsh (2019), décrivent cette population et cette période.
Les maladies, notamment respiratoires ou digestives, constituent ainsi un motif important d’interruption après les blessures. La part du temps perdu varie selon les populations et les définitions ; les symptômes des voies respiratoires supérieures ne prouvent pas tous une infection confirmée.
Plusieurs facteurs sont à considérer ensemble : charge d’entraînement, sommeil, récupération, disponibilité énergétique et qualité de l’alimentation. Des apports suffisants en énergie, protéines et micronutriments soutiennent le fonctionnement normal de l’organisme. Cela ne signifie pas que toute charge élevée ou toute baisse ponctuelle d’apport provoque une immunodépression ; le risque infectieux est multifactoriel.
Les longs déplacements, le décalage horaire, les changements de climat, le stress de la compétition, l’anxiété et les conditions d’hygiène peuvent également intervenir.

Facteurs à considérer pour la santé immunitaire du sportif, d’après Neil P. Walsh (2018). Le schéma ne démontre pas un lien causal automatique pour chaque facteur.
Les réponses à un effort peuvent être aiguës, tandis que certaines difficultés se développent lorsque les contraintes et une récupération insuffisante se prolongent. Il ne faut pas confondre fatigue passagère, surcharge fonctionnelle, surcharge non fonctionnelle et syndrome de surentraînement. La gestion de la récupération est importante ; ces états ne se diagnostiquent pas à partir d’une simple courbe ni d’un symptôme isolé.

Schéma conceptuel d’adaptation et de performance selon l’équilibre entre entraînement et récupération (Nieman et Mitmesser, 2017).

Modèle historique en S pour les sportifs d’élite et en J pour les sportifs de loisir ou de niveau subélite, reliant charge absolue et risque de maladie (Schwellnus et al., 2016). Il ne fournit pas une prévision individuelle et ne suffit pas à prouver une immunodépression due à l’exercice.
Deux notions permettent d’aborder le fonctionnement de cette protection. La première est la résistance : la capacité à réduire la présence de virus, bactéries ou autres agents pathogènes. Les fonctions immunitaires utilisent notamment du glucose, des acides aminés et des acides gras, et dépendent d’apports nutritionnels adéquats.
La seconde est la tolérance : limiter les dommages tout en contrôlant l’infection. L’image d’un château aide à comprendre ce modèle : ses habitants entretiennent les remparts et distribuent les ressources, tout en choisissant une réponse proportionnée à la menace. Une réponse immunitaire excessive peut léser les tissus et mobiliser inutilement des ressources ; une résistance insuffisante peut laisser se développer l’infection. La tolérance ne signifie donc pas simplement « affaiblir ses défenses ».
Dans ce modèle, l’homéostasie repose sur un équilibre entre résistance et tolérance, permettant de contrôler des infections tout en maintenant des relations avec les micro-organismes commensaux, notamment intestinaux.
Cette perspective aide à formuler des hypothèses sur certains nutriments susceptibles de modifier la gravité ou la durée des épisodes, plutôt que d’empêcher systématiquement toute maladie. Ces mécanismes doivent être testés par des essais mesurant des résultats cliniquement pertinents ; ils ne prouvent pas à eux seuls l’efficacité d’un complément.

Modèle des relations entre résistance et tolérance, adapté de Walsh (2019).
La nutrition intervient dans la multiplication cellulaire, la synthèse d’ADN et d’ARN ainsi que la production de protéines, dont les immunoglobulines et les cytokines. Elle apporte les substrats nécessaires à ces fonctions ; augmenter un apport au-delà des besoins ne garantit pas une amélioration de l’immunité.
Les conséquences immunitaires de la malnutrition sévère, notamment du marasme ou du kwashiorkor, sont bien distinctes des ajustements alimentaires ordinaires chez un athlète. Ces situations cliniques graves ne doivent pas être utilisées pour prédire automatiquement la réponse d’un sportif à une restriction ponctuelle.
Le fer, le zinc, le magnésium et différentes vitamines participent aux processus cellulaires et aux défenses antioxydantes. Une restriction nutritionnelle sévère peut aussi agir sur les réponses hormonales au stress. Pour les antioxydants, il convient de distinguer les apports alimentaires d’une supplémentation à forte dose : ses effets dépendent du produit et du contexte, et certaines stratégies peuvent modifier les adaptations à l’entraînement. Ni une recommandation systématique ni une interdiction générale ne découlent de ces mécanismes.
La vitamine D intervient notamment dans le métabolisme osseux et la régulation de fonctions immunitaires. Ces rôles biologiques ne suffisent pas à affirmer qu’une supplémentation réduira chez tout sportif les fractures ou les infections respiratoires ; il faut distinguer le statut initial, les populations et les résultats des essais.
Une supplémentation peut être pertinente lorsqu’une carence est identifiée et prise en charge. L’exposition solaire, la saison et d’autres facteurs influencent le statut, mais ne déterminent pas à eux seuls une dose individuelle ni la nécessité d’un complément.
Les prébiotiques et certains probiotiques peuvent agir sur le microbiote intestinal. Les résultats éventuels sont propres aux souches, aux doses, aux populations et aux critères étudiés ; ils ne justifient pas une promesse générale de protection contre les infections.
L’article évoque aussi les protéines de lactosérum, ou whey, qui contiennent des protéines et des peptides étudiés pour leurs propriétés biologiques.
- Des travaux mécanistiques s’intéressent à l’α-lactalbumine et à la β-lactoglobuline, notamment à leurs interactions avec certaines fonctions des neutrophiles. Cela ne démontre pas qu’une portion de whey améliore les défenses contre les infections chez le sportif.
- Un tripeptide glycine–leucine–phénylalanine dérivé de l’α-lactalbumine a également été étudié pour des effets sur des macrophages. Un résultat cellulaire ne permet pas de présumer le même effet après consommation orale d’un produit.
- La glutamine a fait l’objet de travaux sur les symptômes respiratoires après un marathon, avec des limites méthodologiques signalées dans l’article. La présence de cet acide aminé dans une protéine ne prouve pas que cette protéine prévienne ces symptômes.
- La cystéine participe à la synthèse du glutathion, et certains constituants du lactosérum, dont la lactoferrine, ont été étudiés sur des cellules tumorales en laboratoire. Les observations in vitro mentionnées dans le texte d’origine — mélanome, sein, estomac, lymphome ou cellules colorectales — ne démontrent aucune prévention ni aucun traitement du cancer par la consommation de whey ou d’un complément.
Cette perspective appelle davantage d’essais cliniques pour déterminer si des compléments candidats réduisent la gravité ou la durée d’infections sans effets indésirables ni altération des adaptations à l’entraînement. Une explication mécanistique séduisante ne suffit pas. Si un complément est envisagé, sa pertinence, sa qualité et le risque de contamination doivent être évalués avec un professionnel compétent. L’alimentation fait partie d’un ensemble qui comprend aussi sommeil, hygiène, gestion du stress, charge d’entraînement adaptée et récupération ; aucun produit ne remplace cet ensemble.
entrenoXcasa
Produit cité dans l’article d’origine :
Iso Whey Hydrolyzed
Isolat de protéines de lactosérum hydrolysées, présenté à l’origine avec l’ingrédient Optipep 90. Cette mention historique ne confirme pas la formule actuelle et n’attribue pas au produit d’effet de prévention ou de traitement.
Auteur :
Marcos Rueda Córdoba
Présentation dans l’article d’origine : diététicien-nutritionniste chez Myosport Clinic et The Strength Society
Instagram: @marcosnutrition
Bibliographie
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https://examine.com/supplements/whey-protein/
