Les protéines et la santé des os
La santé osseuse se construit tout au long de la vie. La densité minérale osseuse évolue avec l’âge et peut diminuer au fil du vieillissement, ce qui contribue au risque d’ostéoporose et de fracture. Les habitudes acquises pendant la croissance et à l’âge adulte comptent également : activité physique, alimentation et récupération participent au maintien du squelette.
Chez les sportifs, la charge mécanique joue un rôle important. Les impacts de la course ou des sauts peuvent stimuler la formation osseuse, tandis qu’une charge excessive par rapport à la capacité de récupération peut favoriser les blessures de contrainte. Des études observationnelles ont relevé une densité osseuse plus faible chez certains cyclistes ou nageurs que chez des sportifs pratiquant des activités avec impacts. Ces associations ne permettent pas de prédire la santé osseuse d’une personne à partir de son seul sport (1,2).
Protéines et santé osseuse
L’alimentation intervient aux côtés de l’entraînement. Un apport énergétique suffisant est essentiel, tout comme la couverture des besoins en protéines et des autres nutriments impliqués dans la santé osseuse. L’ancienne hypothèse selon laquelle les protéines « acidifieraient » l’organisme et déminéraliseraient automatiquement les os ne suffit pas à établir un effet nocif. Les protéines participent à la matrice osseuse ; cela ne signifie pas qu’en consommer toujours davantage protège systématiquement le squelette.
Chez les personnes âgées, une étude transversale portant sur 1 570 participants associait un apport total en protéines plus élevé à une meilleure densité osseuse, notamment pour les protéines animales. Cependant, son volet longitudinal chez 340 participants ne montrait pas d’amélioration de la densité osseuse après augmentation des apports (3). Dans une autre cohorte de 2 160 adultes âgés, un apport protéique plus élevé était associé à une meilleure densité osseuse et à moins de fractures vertébrales cliniques, sans démonstration d’une prévention de toutes les fractures ni d’un effet causal (4). Ces résultats ne justifient pas d’exclure les protéines végétales.
Un effort très prolongé peut modifier temporairement les marqueurs du renouvellement osseux : cela a été observé après une course de 246 km chez 18 participants (5). Dans un petit essai chez 10 hommes, l’ingestion de glucides et de protéines après une course fatigante modifiait certains marqueurs de résorption et de formation osseuses (6). Ces mesures à court terme ne prouvent pas qu’un complément prévient les fractures ou augmente durablement la densité osseuse.
Un essai chez 27 joueurs de baseball a comparé deux compléments de teneurs différentes en protéines, associés à 12 semaines de musculation. La densité osseuse de l’humérus non dominant augmentait dans les deux groupes ; celle de l’humérus dominant augmentait dans le groupe recevant le complément plus protéiné. En revanche, la densité osseuse du corps entier diminuait légèrement dans les deux groupes (7). Il s’agit donc de résultats propres à certains sites osseux, pas d’une amélioration générale observée uniquement avec davantage de protéines.
Conclusion
Au-delà de leur rôle dans les muscles, les protéines contribuent à la santé osseuse dans le cadre d’une alimentation suffisante et équilibrée. Les études chez les personnes âgées et les sportifs invitent à couvrir les besoins, sans transformer un apport élevé en garantie de protection. Cette attention est particulièrement utile lorsque les charges d’entraînement sont importantes. Elle ne remplace ni un apport énergétique adéquat, ni les autres nutriments nécessaires, ni une progression adaptée de l’entraînement et de la récupération.
Auteur : Pedro Valenzuela, de Fissac.com, chercheur à l’unité de physiologie de l’Université d’Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centre de médecine du sport (AEPSAD, CAR de Madrid).
Références
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- Duncan CS, Blimkie CJR, Howman-Giles R, Briody JN, COWELL CT, BURKE ST. Bone mineral density in adolescent female athletes: relationship to exercise type and muscle strength. Med Sci Sports Exerc. 2002;34(2):286–94.
- Groenendijk I, Grootswagers P, Santoro A, Franceschi C, Bazzocchi A, Meunier N, et al. Protein intake and bone mineral density: Cross-sectional relationship and longitudinal effects in older adults. J Cachexia Sarcopenia Muscle. 2023;14(1):116–25.
- Weaver AA, Tooze JA, Cauley JA, Bauer DC, Tylavsky FA, Kritchevsky SB, et al. Effect of Dietary Protein Intake on Bone Mineral Density and Fracture Incidence in Older Adults in the Health, Aging, and Body Composition Study. Journals Gerontol – Ser A Biol Sci Med Sci. 2021;76(12):2213–22.
- Kerschan-Schindl K, Thalmann M, Sodeck GH, Skenderi K, Matalas AL, Grampp S, et al. A 246-km continuous running race causes significant changes in bone metabolism. Bone. 2009;45(6):1079–1083. doi:10.1016/j.bone.2009.07.088
- Townsend R, Elliott-Sale KJ, Currell K, Tang J, Fraser WD, Sale C. The effect of postexercise carbohydrate and protein ingestion on bone metabolism. Med Sci Sports Exerc. 2017;49(6):1209–18.
- Chung CW, Kuo CH, Huang HY, Alkhatib A, Tseng CY, Huang CY, et al. High-protein supplementation facilitates weight training–induced bone mineralization in baseball players. Nutrition. 2020;75–76:110760. doi:10.1016/j.nut.2020.110760
