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Supplémentation

Créatine et perte de masse musculaire chez les personnes âgées

Quelle place pour la créatine dans le vieillissement musculaire ? Un point sur la force, la masse maigre, l’entraînement et les limites des études sur la sarcopénie.

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maq

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Créatine et perte de masse musculaire chez les personnes âgées

La sarcopénie est une affection progressive et généralisée des muscles squelettiques, associée à une diminution de la force, de la masse ou de la qualité musculaire et, dans les formes sévères, des performances physiques. Elle augmente le risque de chutes, de perte d’autonomie, de fragilité et de mortalité [1–3]. Fréquente chez les personnes âgées, elle peut aussi apparaître plus tôt. Son développement dépend de facteurs biologiques et de facteurs liés au mode de vie qui agissent tout au long de l’existence, notamment l’inactivité physique [1–3].

Quelles causes, quelles conséquences et quelles interventions ?

Les causes de la sarcopénie sont multiples [1–3]. Le vieillissement, les modifications du métabolisme musculaire, l’inactivité et le manque de sollicitation des muscles peuvent y contribuer. Certaines maladies chroniques, notamment les cancers et les défaillances d’organes, favorisent également sa survenue. Un apport énergétique ou protéique insuffisant peut jouer un rôle. La maladie, l’immobilisation et les hospitalisations peuvent accentuer la perte musculaire ; les traitements et le contexte clinique doivent être pris en compte lors de l’évaluation, sans attribuer le même effet à tous les médicaments [1–3].

Les conséquences possibles comprennent un risque accru de chutes et de fractures, une diminution des capacités physiques, une altération de la qualité de vie et une perte d’autonomie. La sarcopénie est aussi associée à une mortalité plus élevée et à une augmentation des coûts de santé [1–3].

La prévention et la prise en charge reposent notamment sur l’activité physique, en particulier l’entraînement de la force, et sur une alimentation adaptée. Un apport protéique et énergétique suffisant fait partie de cette approche [1–3]. Certains compléments, dont la créatine, sont étudiés en association avec l’exercice ; leur intérêt doit être distingué de celui des mesures de prise en charge établies [4].

Quelle place pour la créatine chez les personnes âgées ?

Les connaissances issues de la nutrition sportive ont conduit à étudier certains compléments dans le contexte du vieillissement musculaire. La créatine fait partie de ces pistes. Les résultats sur la masse maigre et la force peuvent présenter un intérêt, mais ils ne suffisent pas à démontrer, à eux seuls, la prévention ou le traitement de toutes les situations de sarcopénie [4,8].

La créatine est une substance que l’organisme synthétise à partir de réactions impliquant l’arginine, la glycine et la méthionine. Elle se trouve principalement dans les muscles et participe à la régénération rapide de l’ATP, utilisé pour fournir de l’énergie aux contractions [5]. En nutrition sportive, elle est étudiée pour soutenir les efforts intenses et les adaptations à l’entraînement de la force. Ses effets cognitifs font également l’objet de recherches, mais les références discutées ici ne permettent pas de promettre un bénéfice cognitif à chaque personne âgée.

Les travaux cités suggèrent que la supplémentation en créatine, surtout associée à la musculation, peut améliorer certains indicateurs de masse maigre et de force musculaire chez des adultes vieillissants [4,7,8]. La revue de Candow et ses collègues décrit aussi des résultats sur des tests fonctionnels liés au risque de chute, comme le fait de se lever d’une chaise. Elle précise toutefois qu’aucune des études alors examinées n’avait évalué directement le nombre de chutes : améliorer un facteur de risque ne démontre pas que la supplémentation prévient effectivement les chutes [5].

L’entraînement de la force reste central. Une méta-analyse regroupant 22 études et 721 participants a observé des gains moyens de masse maigre et de force supérieurs avec créatine et entraînement qu’avec placebo et entraînement [7]. Ces résultats ne signifient pas que chaque personne obtiendra le même bénéfice ni qu’un gain de masse maigre correspond intégralement à du muscle contractile. La méta-analyse de Forbes et ses collègues citée en référence [6] portait, elle, sur la graisse corporelle : la diminution du pourcentage de graisse était plus importante avec créatine, mais la différence de masse grasse en kilogrammes n’était pas statistiquement significative. Elle ne doit donc pas être présentée comme une preuve supplémentaire d’amélioration de la fonction musculaire.

Les protocoles étudiés varient. La revue de 2021 distingue des doses quotidiennes inférieures ou égales à 5 g et des doses supérieures à 5 g, avec ou sans phase initiale de charge d’au moins 20 g par jour pendant 5 à 7 jours [8]. Les résultats des sous-groupes diffèrent selon la masse maigre ou le test de force évalué. Les doses plus élevées étaient ajustées au poids corporel, ce qui limite les comparaisons directes. Ces catégories expérimentales ne constituent pas une prescription universelle de 5 g par jour ni une justification d’une charge pour toute personne âgée. Le choix d’une supplémentation s’inscrit dans une prise en charge adaptée à la personne.

CONCLUSION

Le vieillissement peut s’accompagner d’une diminution de la masse et de la fonction musculaires, mais la sarcopénie ne doit pas être présentée comme une évolution inévitable et irréversible pour tous. L’activité physique, notamment le travail de force, et une alimentation adaptée contribuent à préserver les capacités musculaires [1–3]. La créatine peut apporter des bénéfices supplémentaires sur certains paramètres lorsqu’elle accompagne l’entraînement ; son rôle dans la prévention des chutes et la prise en charge d’une sarcopénie diagnostiquée demande une interprétation plus prudente [4,5,7,8].

AUTEUR

Dr Lucas Jurado-Fasoli.
Diététicien-nutritionniste, docteur en biomédecine, enseignant en physiologie à l’Université de Grenade.

Références

  1. Cruz-Jentoft, A. J., & Sayer, A. A. (2019). Sarcopenia. The Lancet393(10191), 2636-2646. DOI
  2. Cruz-Jentoft, A. J., Landi, F., Topinková, E., & Michel, J. P. (2010). Understanding sarcopenia as a geriatric syndrome. Current Opinion in Clinical Nutrition & Metabolic Care13(1), 1-7. DOI
  3. Cruz-Jentoft, A. J., Bahat, G., Bauer, J., Boirie, Y., Bruyère, O., Cederholm, T., & Zamboni, M. (2019). Sarcopenia: revised European consensus on definition and diagnosis. Age and ageing48(1), 16-31. DOI
  4. Candow, D. G., Chilibeck, P. D., Forbes, S. C., Fairman, C. M., Gualano, B., & Roschel, H. (2022). Creatine supplementation for older adults: Focus on sarcopenia, osteoporosis, frailty and Cachexia. Bone, 162, 116467. DOI
  5. Candow, D. G., Forbes, S. C., Chilibeck, P. D., Cornish, S. M., Antonio, J., & Kreider, R. B. (2019). Effectiveness of creatine supplementation on aging muscle and bone: focus on falls prevention and inflammation. Journal of clinical medicine, 8(4), 488. DOI
  6. Forbes, S. C., Candow, D. G., Krentz, J. R., Roberts, M. D., & Young, K. C. (2019). Changes in fat mass following creatine supplementation and resistance training in adults≥ 50 years of age: a meta-analysis. Journal of functional morphology and kinesiology, 4(3), 62. DOI
  7. Chilibeck PD, Kaviani M, Candow DG, Zello GA. Effect of creatine supplementation during resistance training on lean tissue mass and muscular strength in older adults: A meta-analysis. Open Access J Sports Med. 2017; 8:213-26. DOI
  8. Forbes, S. C., Candow, D. G., Ostojic, S. M., Roberts, M. D., & Chilibeck, P. D. (2021). Meta-analysis examining the importance of creatine ingestion strategies on lean tissue mass and strength in older adults. Nutrients, 13(6), 1912. DOI

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