Certaines caractéristiques anthropométriques sont associées à la performance dans différentes disciplines sportives. Ces liens varient toutefois selon le mouvement, la population étudiée et le niveau de pratique. Une corrélation entre deux mesures ne démontre pas qu’en modifier une provoquera une amélioration de l’autre.
Cet article présente quelques travaux utiles aux athlètes, entraîneurs et diététiciens-nutritionnistes qui suivent la composition corporelle. Ces observations peuvent compléter l’évaluation du sportif ; elles ne remplacent ni le suivi de ses performances ni l’analyse de son entraînement.
Nous nous concentrons ici sur la force athlétique, ou powerlifting, et l’haltérophilie. Ces disciplines visent à soulever la charge la plus élevée selon leurs mouvements et règlements respectifs. La masse corporelle et la masse musculaire figurent parmi les caractéristiques associées à la performance absolue dans les travaux cités.
Les pratiquants de ces disciplines présentent souvent une masse maigre et des circonférences du tronc ou des membres supérieures à celles de la population générale. Leur importance doit aussi être appréciée en fonction de la catégorie de poids. La masse maigre ne correspond pas uniquement au muscle. Les proportions des membres par rapport à la taille peuvent également intervenir dans la mécanique d’un mouvement.
Par exemple, des bras plus courts peuvent réduire le déplacement de la barre au développé couché. Mais l’avantage mécanique dépend du mouvement, de la position adoptée et des proportions de l’ensemble du corps. Les résultats ne permettent pas de définir une morphologie idéale valable pour tous les exercices : une caractéristique favorable au squat ou au soulevé de terre ne l’est pas forcément au développé couché.
Le powerlifting équipé et le powerlifting classique ne doivent pas être confondus. Les travaux cités comprennent aussi des pratiquants de la version classique, notamment dans l’étude de Ferland et al. Il serait donc inexact d’affirmer que toutes les données antérieures sur les adultes concernent exclusivement la version équipée.
Les données concernant les femmes restent moins nombreuses dans le corpus présenté. L’étude de Ferrari et al., publiée en ligne en 2020 puis dans un numéro de 2022, a porté sur 74 athlètes de force athlétique classique d’Europe du Sud : 51 hommes et 23 femmes. Les auteurs ont comparé leurs mensurations et leurs résultats et construit des équations adaptées à cette population.
Voici les principaux résultats rapportés :
Les hommes du groupe ayant les meilleures performances présentaient des circonférences du cou, de la cuisse et du bras — relâché et fléchi — plus importantes. Chez les femmes, les différences concernaient notamment les circonférences du thorax et du bras relâché et fléchi. Les groupes étaient définis à partir des points Wilks, qui tiennent compte du poids corporel.
Une combinaison de l’expérience, de la masse grasse et d’indices de masse musculaire des membres expliquait une part importante des différences de performance dans cet échantillon de Ferrari et al. Cela ne garantit pas une prédiction précise pour tout athlète ni pour ses progrès futurs. Chez huit haltérophiles bien entraînées, Zaras et al. ont observé de fortes corrélations entre la masse maigre du tronc et les résultats à l’arraché et à l’épaulé-jeté. La section transversale du quadriceps et la puissance au saut avec contre-mouvement (CMJ) étaient aussi associées à la performance. Le graphique représente huit observations, avec la statistique p = 0,000 telle qu’affichée dans la figure d’origine ; il s’agit d’un arrondi, pas d’une probabilité nulle. Le CMJ peut fournir une mesure complémentaire accessible, mais il ne remplace pas une mesure de composition corporelle par DXA ou une échographie. Ces résultats chez huit femmes ne valident pas automatiquement une même équation pour tous les hommes et toutes les femmes.

Bibliographie
- Ferrari L, Colosio AL, Teso M, Pogliaghi S. Performance and Anthropometrics of Classic Powerlifters: Which Characteristics Matter? J Strength Cond Res. 2022;36(4):1003–1010. Publication en ligne : 2020.
- Ferland P-M, Pollock A, Swope R, Ryan M, Reeder M, Heumann K, et al. The Relationship Between Physical Characteristics and Maximal Strength in Men Practicing the Back Squat, the Bench Press and the Deadlift. Int J Exerc Sci. 2020;13(4):281–297.
- Maden-Wilkinson, T. M., Balshaw, T. G., Massey, G. J., & Folland, J. P. (2020). What makes long-term resistance-trained individuals so strong? A comparison of skeletal muscle morphology, architecture, and joint mechanics. Journal of Applied Physiology, 128(4), 1000-1011.
- Zaras, N., Stasinaki, A. N., Spiliopoulou, P., Hadjicharalambous, M., & Terzis, G. (2020). Lean Body Mass, Muscle Architecture, and Performance in Well-Trained Female Weightlifters. Sports, 8(5), 67.
Marcos Rueda Córdoba
Diététicien-nutritionniste chez Myosport Clinic et The Strength Society
Instagram : @marcosnutrition
