Dr Fernando Naclerio
Professeur en entraînement de la force et nutrition sportive. Directeur du Centre for Exercise Activity and Rehabilitation, Institute for Lifecourse Development
School of Human Sciences
University of Greenwich
Résumé
La glutamine est l’acide aminé libre le plus abondant dans le plasma et les muscles squelettiques. Elle peut devenir conditionnellement essentielle dans certaines situations de stress physiologique important. Elle participe au transport de l’azote, au métabolisme des cellules immunitaires et au maintien de l’intégrité intestinale. Chez les personnes physiquement actives, sa supplémentation suscite un intérêt en raison des besoins susceptibles de varier temporairement pendant un effort intense, une exposition à la chaleur ou une période d’entraînement exigeante. Cette revue présente son rôle biologique, les données disponibles chez les adultes actifs en bonne santé et les modalités de prise discutées dans la littérature. Dans l’ensemble, les résultats ne justifient pas un recours systématique à la glutamine pour augmenter la masse musculaire ou améliorer les performances des sportifs dont l’alimentation est suffisante. Son intérêt potentiel concerne plutôt certaines situations de stress physiologique élevé, notamment la perméabilité intestinale et la récupération après des exercices provoquant des dommages musculaires. Les quantités évoquées dans cette revue, de l’ordre de 0,1 à 0,3 g/kg de masse corporelle par jour selon le contexte, ne constituent pas une recommandation universelle ni la posologie du produit présenté. Une supplémentation éventuelle s’intègre à une alimentation adaptée et à des stratégies de récupération appropriées.
Introduction
La glutamine est un acide aminé neutre à cinq atomes de carbone. C’est l’acide aminé libre le plus abondant dans le plasma et les muscles squelettiques [1,2]. Dans les conditions habituelles, elle est principalement synthétisée dans les muscles squelettiques et considérée comme non essentielle. Certaines maladies ou situations de stress métabolique important peuvent toutefois modifier l’équilibre entre sa production et son utilisation [1,2]. Cela ne signifie pas que toute séance intense entraîne une carence. Chez les personnes physiquement actives, son intérêt concerne surtout son rôle dans la barrière intestinale et le fonctionnement immunitaire, ainsi que d’éventuels effets indirects sur la récupération [1]. Ces fonctions biologiques ne démontrent pas à elles seules l’efficacité d’un supplément.
Rôles biologiques de la glutamine
La glutamine remplit plusieurs fonctions dans le métabolisme humain. Elle transporte de l’azote entre les tissus, contribue à l’équilibre acido-basique par la production rénale d’ammoniac et fournit un substrat pour la synthèse des nucléotides et des protéines [3]. Elle constitue aussi une source d’énergie pour des cellules à renouvellement rapide, notamment les entérocytes de l’intestin grêle et les cellules immunitaires telles que les lymphocytes et les macrophages [4]. Les muscles squelettiques représentent un lieu majeur de production et de stockage. Un exercice prolongé ou épuisant peut s’accompagner d’une baisse de sa concentration plasmatique, en particulier lorsque la récupération est insuffisante ou la charge d’entraînement élevée [5]. Ces observations expliquent l’intérêt porté à la supplémentation chez les sportifs, sans suffire à établir ses bénéfices [6].
Besoins et sources alimentaires
Chez la plupart des personnes actives en bonne santé, la production endogène et une alimentation apportant suffisamment de protéines contribuent à couvrir les besoins. La viande, le poisson, les œufs, les produits laitiers et les légumineuses constituent des sources alimentaires de protéines ; les compléments protéiques peuvent également y contribuer selon les besoins [1,7]. Une part importante de la glutamine ingérée est utilisée par l’intestin avant d’atteindre la circulation générale [5]. La synthèse endogène, associée à des apports énergétiques et protéiques suffisants, permet habituellement de maintenir sa disponibilité [3]. Une baisse passagère de la concentration plasmatique pendant une période d’exercice prolongé et épuisant ne doit donc pas être assimilée à une carence chronique [6]. L’éventuelle utilité d’un complément doit être examinée selon le contexte, et non présumée pour l’ensemble des personnes actives [3,6].
Dans quelles situations la supplémentation est-elle étudiée ?
Les données disponibles ne justifient pas de présenter la glutamine comme un moyen systématique d’accroître la masse musculaire, de modifier la composition corporelle ou d’améliorer les performances chez des sportifs correctement alimentés [6]. Une revue systématique et méta-analyse n’a pas montré d’effet significatif global sur les principaux paramètres immunitaires étudiés, la capacité aérobie ou la composition corporelle. Les résultats variaient néanmoins selon certains protocoles et formes de supplément ; les conclusions concernant la force et les performances anaérobies restaient insuffisantes [6]. Des travaux sur une prise aiguë de fortes doses n’ont pas non plus observé d’amélioration lors d’exercices de force [8].
La perméabilité intestinale pendant l’exercice dans la chaleur fait partie des applications étudiées. Chez dix hommes physiquement actifs, un essai a observé une atténuation de certains marqueurs de perméabilité après la prise de glutamine avant une course dans la chaleur. Les symptômes digestifs, peu marqués dans cet essai, n’ont toutefois pas été améliorés [9]. Une méta-analyse plus récente menée dans des populations adultes hétérogènes n’a pas retrouvé d’effet global significatif sur la perméabilité intestinale. Certains sous-groupes suggéraient un effet selon la quantité et la durée de supplémentation [10]. Ces résultats ne peuvent pas être transposés directement à tous les sportifs. Ils justifient de poursuivre les recherches sur des situations précises, sans établir une prévention des troubles digestifs pendant les voyages, les compétitions rapprochées ou les entraînements en ambiance chaude.
Les données sur la récupération et l’immunité restent limitées et variables. Chez des judokas masculins, 3 g par jour pendant deux semaines ont été associés à une atténuation de certains marqueurs de dommages musculaires et de l’altération de la fonction des neutrophiles lors d’un entraînement intensif [11]. Un autre essai a étudié 0,3 g/kg de masse corporelle par jour pendant les 72 heures suivant un exercice excentrique et rapporté une meilleure récupération de la force ainsi qu’une diminution des courbatures [12]. Ces observations dans des protocoles précis ne garantissent pas un effet après chaque entraînement.
Les résultats immunitaires ne vont pas tous dans le même sens. Une étude a montré que le maintien de la glutamine plasmatique ne prévenait pas les modifications immunitaires liées à des exercices répétés [13]. Un essai randomisé chez des athlètes de sports de combat a rapporté, après trois semaines de supplémentation, des changements de l’immunoglobuline A salivaire et de certains paramètres hormonaux, ainsi qu’une diminution des épisodes d’infection des voies respiratoires supérieures relevés par questionnaire [14]. Il s’agit de résultats dans une population et un cadre particuliers, et non d’une garantie de prévention des infections ou d’amélioration des performances.
Des travaux plus anciens ont aussi suggéré une augmentation du stockage global de glycogène pendant la récupération [15]. Des analyses ultérieures ont proposé que cet effet puisse concerner davantage le foie que les muscles, ce qui limite son intérêt comme stratégie systématique de récupération musculaire [16].
La glutamine reste donc une piste étudiée dans certaines situations de stress physiologique, notamment pour la fonction intestinale et la récupération. L’ensemble des données ne permet pas de la présenter comme une aide régulièrement efficace pour les performances, la prise de muscle ou la prévention des maladies [6,16].
Formes de supplémentation
La plupart des compléments contiennent de la L-glutamine libre, généralement en poudre ou en gélules. La poudre permet d’ajuster la quantité et de l’ajouter à une boisson ; les gélules peuvent être pratiques lors des déplacements. La recherche a également examiné des boissons et des formes à base de dipeptides. Les données ne démontrent pas qu’une forme soit supérieure dans toutes les situations rencontrées par les personnes actives [6]. Le dipeptide L-alanyl-L-glutamine, plus soluble et plus stable, a notamment été étudié dans un contexte de déshydratation et d’exercice d’endurance. Ces résultats ne doivent pas être attribués directement à une poudre de L-glutamine libre [17].
Lorsqu’une supplémentation est retenue, une poudre de L-glutamine libre au goût neutre, sans arômes, conservateurs, colorants ni édulcorants ajoutés, constitue une option simple. Ce choix de formulation ne démontre pas en lui-même une efficacité supérieure.
Modalités de prise et limites des données
Cette revue discute des prises de l’ordre de 0,1 à 0,3 g/kg de masse corporelle par jour pendant de courtes périodes de forte charge d’entraînement ou de récupération. Les protocoles et leurs objectifs diffèrent : cette fourchette n’est pas une recommandation universelle établie par la méta-analyse [6]. La proposition d’une prise une à deux heures avant l’entraînement, ou de deux à trois prises réparties dans les journées sans entraînement, doit elle aussi être distinguée d’un schéma optimal démontré.
Par exemple, l’essai de course dans la chaleur utilisait une prise deux heures avant l’exercice et calculait ses quantités par kilogramme de masse maigre, et non par kilogramme de masse corporelle totale [9]. Les unités et les objectifs de ces protocoles ne sont donc pas interchangeables. Les quantités étudiées ne remplacent pas les instructions figurant sur l’étiquette d’un produit.
Une revue ancienne rapporte que des quantités allant jusqu’à 0,65 g/kg ont été tolérées dans des études chez des patients [5]. Cette observation ne définit ni un seuil universel de sécurité, ni une quantité à viser chez les sportifs, ni une preuve de sécurité à long terme.
Tolérance et effets indésirables possibles
Des troubles digestifs légers, comme des ballonnements ou un inconfort abdominal, peuvent survenir, notamment après une prise unique élevée. Un essai pilote chez des adultes en bonne santé a observé une variation de ces symptômes selon la quantité ingérée [18]. La tolérance d’une prise aiguë ne suffit pas à établir celle d’un usage prolongé. Les données présentées ici ne justifient donc pas de généraliser une supplémentation chronique à fortes doses [5].
Conclusions
Chez les adultes actifs en bonne santé, les résultats disponibles ne soutiennent pas une supplémentation systématique en glutamine pour gagner du muscle ou améliorer les performances. Des usages ciblés restent étudiés pendant certaines périodes exigeantes, notamment pour la perméabilité intestinale dans la chaleur et la récupération après un exercice excentrique [6,9,12]. Les quantités de l’ordre de 0,1 à 0,3 g/kg par jour évoquées dans cette revue doivent être replacées dans leur contexte ; elles ne constituent pas une posologie personnelle ou une consigne d’utilisation du produit. Une éventuelle supplémentation accompagne une alimentation adaptée et une récupération suffisante.
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Références
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