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Antioxydants et performance : que dit la science ?

Les antioxydants peuvent modifier la fatigue et certaines adaptations à l’entraînement. Les résultats dépendent du composé et du contexte.

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Antioxydants et performance : que dit la science ?

Auteur : Pedro Valenzuela de Fissac.com, chercheur à l’unité de physiologie de l’Université d’Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centre de médecine du sport (AEPSAD, CAR de Madrid).

Le stress oxydatif évoque souvent un phénomène négatif. Un déséquilibre excessif entre la production d’espèces réactives et les défenses de l’organisme peut effectivement endommager les cellules. Toutefois, ces molécules participent aussi à des signaux physiologiques : leur présence n’est pas toujours synonyme de dommage.

Les antioxydants interviennent dans ces mécanismes de régulation. Certaines vitamines, comme les vitamines C et E, ainsi que des caroténoïdes et des flavonoïdes présents dans les aliments, ont des propriétés antioxydantes. Une alimentation variée et un complément fortement dosé ne sont cependant pas des interventions équivalentes.

Dans le sport, de nombreux compléments sont proposés pour leurs propriétés antioxydantes. Pour comprendre leur intérêt et leurs limites, il faut distinguer les effets immédiats d’un effort des adaptations recherchées au fil de l’entraînement.

Exercice et stress oxydatif : quels effets à court terme ?

L’entraînement régulier peut renforcer certaines défenses antioxydantes de l’organisme. Au cours d’une séance, plusieurs processus cellulaires augmentent aussi la production d’espèces réactives. Leur origine et leurs effets varient selon l’effort ; ils ne se résument pas à une seule source mitochondriale.1 Un stress oxydatif important peut participer à la fatigue et aux perturbations musculaires après un effort intense ou prolongé. Il n’en est pas l’unique cause. Les courbatures ne constituent pas, à elles seules, une mesure directe des dommages musculaires.2

Certains essais ont étudié si agir sur ces mécanismes modifiait la fatigue. En 1994, une étude chez l’humain utilisait de la N-acétylcystéine administrée par voie intraveineuse pendant un protocole d’électrostimulation. Elle réduisait la fatigue dans une condition de stimulation à basse fréquence, sans bénéfice dans toutes les conditions testées. Ce protocole médical expérimental ne correspond pas à la prise d’un complément alimentaire avant le sport.3 Une publication de 2003 a également étudié l’allopurinol et des marqueurs de lésions musculaires chez des participants au Tour de France. L’allopurinol est un médicament inhibant la xanthine oxydase : cette recherche ne constitue pas une recommandation nutritionnelle ni un conseil d’automédication.4 Dans un autre petit essai, neuf jours de N-acétylcystéine ont été étudiés après une période d’entraînement intensifié chez des triathlètes. Huit participants ont terminé le protocole. Certains résultats de sprint au sein d’une simulation cycliste et des marqueurs inflammatoires et oxydatifs étaient améliorés. Cela ne démontre pas un bénéfice universel sur la performance d’une compétition entière.5

Stress oxydatif et adaptations à l’entraînement

Les espèces réactives jouent aussi un rôle de signal. À des niveaux compatibles avec la régulation physiologique, elles participent à l’activation des défenses antioxydantes et à certaines adaptations musculaires. Supprimer au maximum toute cette activité n’est donc pas nécessairement souhaitable.

Dans une expérience chez le rat publiée en 2005, un exercice aigu activait plusieurs voies de signalisation associées aux adaptations cellulaires. L’allopurinol atténuait certaines de ces réponses. Ces observations éclairent un mécanisme biologique ; elles ne suffisent pas à établir un effet identique chez tous les sportifs.6 Une étude ultérieure du même groupe comportait des expériences chez le rat et un petit volet humain. Avec la vitamine C, la limitation de l’amélioration de la capacité d’endurance concernait les rats. Le volet humain ne permet pas d’affirmer une diminution démontrée de la performance d’endurance chez les sportifs.7 Les analyses réalisées chez les animaux montraient aussi une atténuation de marqueurs liés à la biogenèse mitochondriale, notamment PGC-1α. Ces mesures animales ne doivent pas être présentées comme des biopsies réalisées chez les participants humains.

Dans un essai de onze semaines chez 54 personnes, des doses élevées de vitamines C et E atténuaient certains marqueurs cellulaires de l’adaptation à l’entraînement d’endurance. Toutefois, les deux groupes amélioraient de façon comparable leur consommation maximale d’oxygène et leur performance au test de course navette : les modifications cellulaires ne se traduisaient pas par une différence démontrée sur ces résultats.8 Un autre essai, pendant dix semaines de musculation chez 32 personnes, observait des modifications de la signalisation et une atténuation de certains gains de force, notamment en flexion du coude. Il ne montrait pas de diminution globale de la croissance musculaire.9 Ces résultats invitent à évaluer l’utilité d’un complément fortement dosé avant d’en faire une habitude. Ils ne justifient pas d’éviter les fruits et les légumes.

Conclusion

Les effets des antioxydants dépendent du composé, de la dose, de la population et du résultat mesuré. Certains protocoles expérimentaux modifient la fatigue, tandis que d’autres atténuent des signaux d’adaptation sans réduire toutes les performances. Ces données ne permettent pas de recommander systématiquement des antioxydants en compétition, et encore moins des médicaments étudiés en laboratoire. Une alimentation variée reste la base ; une supplémentation répond à un besoin identifié et s’évalue dans son contexte.

 

RÉFÉRENCES

  1. Powers SK, Deminice R, Ozdemir M, Yoshihara T, Bomkamp MP, Hyatt H. Exercise-induced oxidative stress: Friend or foe? J Sport Health Sci. 2020;9(5):415-425. doi:10.1016/j.jshs.2020.04.001
  2. Westerblad H, Allen DG. Emerging Roles of ROS/RNS in Muscle Function and Fatigue. Antioxid Redox Signal. 2011;15(9):2487-2499. doi:10.1089/ars.2011.3909
  3. Reid MB, Stokić DS, Koch SM, Khawli FA, Leis AA. N-acetylcysteine inhibits muscle fatigue in humans. J Clin Invest. 1994;94(6):2468-2474. doi:10.1172/JCI117615
  4. Gómez-Cabrera MC, Pallardó F V, Sastre J, Viña J, García del Moral L. Allopurinol and Markers of Muscle Damage Among Participants in the Tour de France. JAMA. 2003;289(19):2503–2504. doi:10.1001/jama.289.19.2503-b
  5. Slattery KM, Dascombe B, Wallace LK, Bentley DJ, Coutts AJ. Effect of N-acetylcysteine on cycling performance after intensified training. Med Sci Sports Exerc. 2014;46(6):1114-1123. doi:10.1249/MSS.0000000000000222
  6. Gomez-Cabrera MC, Borrás C, Pallardó F V, Sastre J, Ji LL, Viña J. Decreasing xanthine oxidase-mediated oxidative stress prevents useful cellular adaptations to exercise in rats. J Physiol. 2005;567(1):113-120. doi:10.1113/jphysiol.2004.080564
  7. Gomez-Cabrera MC, Domenech E, Romagnoli M, et al. Oral administration of vitamin C decreases muscle mitochondrial biogenesis and hampers training-induced adaptations in endurance performance. Am J Clin Nutr. 2008;87(1):142-149. doi:10.1093/ajcn/87.1.142
  8. Paulsen G, Cumming KT, Holden G, et al. Vitamin C and E supplementation hampers cellular adaptation to endurance training in humans: A double-blind, randomised, controlled trial. J Physiol. 2014;592(8):1887-1901. doi:10.1113/jphysiol.2013.267419
  9. Paulsen G, Hamarsland H, Cumming KT, et al. Vitamin C and E supplementation alters protein signalling after a strength training session, but not muscle growth during 10 weeks of training. J Physiol. 2014;592(24):5391-5408. doi:10.1113/jphysiol.2014.279950

 

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