La participation des femmes au sport a augmenté, mais leur représentation dans la recherche sur la performance demeure un enjeu. Une grande partie des connaissances historiques repose sur des populations masculines. Les stratégies d’entraînement et de récupération qui en découlent ne peuvent donc pas toujours être transposées sans évaluation aux sportives.
Chez les personnes ayant un cycle menstruel spontané, les concentrations d’œstrogènes et de progestérone varient au fil du cycle. Ces hormones peuvent agir sur différents mécanismes musculaires. Les œstrogènes ont notamment été étudiés pour leurs liens avec la qualité et la fonction du muscle. Cela ne permet pas de résumer leurs effets à une opposition automatique entre une hormone « anabolique » et une hormone « catabolique », ni de prévoir directement la performance à partir d’un taux hormonal.1 Le premier jour des règles marque le début de la phase folliculaire. Les taux d’œstrogènes et de progestérone sont bas au début de cette phase, puis les œstrogènes augmentent avant l’ovulation. La progestérone s’élève ensuite pendant la phase lutéale, avant la diminution hormonale qui précède les règles suivantes. Le schéma présente un cycle idéalisé de 28 jours : la durée des cycles et le moment de l’ovulation varient, et ces jours ne constituent pas un calendrier individuel certain.
Ces mécanismes ont conduit à formuler l’hypothèse que la performance ou les adaptations à l’entraînement pourraient varier selon les phases. Une hypothèse physiologique ne suffit cependant pas à définir les jours où une sportive devrait s’entraîner davantage ou participer à une compétition. Que montrent les études qui ont mesuré ces différences ?
Pour examiner les résultats disponibles, on peut consulter les revues systématiques, qui recherchent et sélectionnent les études répondant à des critères définis. Elles ne garantissent pas que toutes les études existantes sont incluses, et leur conclusion dépend de la qualité des travaux retenus. Une revue publiée en 2020 dans Sports Medicine a comparé la performance pendant la phase folliculaire précoce à celle d’autres phases. Elle portait sur des femmes ayant des cycles réguliers, sans contraception hormonale et sans trouble menstruel identifié selon les critères des études. Ses résultats ne se généralisent donc pas automatiquement à toutes les situations hormonales.2 La revue a inclus 78 études et 1 193 participantes. Cinquante et une études entraient dans la première méta-analyse comparative et 73 dans l’analyse en réseau. L’effet moyen estimé suggérait une diminution très faible de la performance en phase folliculaire précoce, avec une forte variabilité et des preuves globalement de faible qualité. Il ne s’agit ni d’une différence importante démontrée chez chaque personne ni d’une preuve d’absence de tout effet individuel. Une autre revue, publiée en 2021, s’est concentrée sur les sportives de haut niveau.3 Elle a retenu sept études portant sur 314 sportives. Les paramètres étudiés, les méthodes et les résultats différaient : certaines associations étaient observées, mais leur direction et leur importance ne permettaient pas de dégager un effet uniforme sur la performance. Tous les travaux ne mesuraient pas directement une performance de terrain ou de compétition.

Figure 1. Variations hormonales schématiques au cours d’un cycle menstruel idéalisé de 28 jours. Les phases et les jours illustrent le modèle utilisé dans la revue de McNulty et collègues, et non le cycle exact de chaque personne.
Conclusions
Les recherches examinées ne permettent pas de fixer des règles générales d’entraînement ou de compétition à partir de la seule phase du cycle menstruel. Les méthodes d’identification des phases, parfois fondées uniquement sur un calendrier ou un questionnaire, limitent la solidité des comparaisons. Cela ne signifie pas que les symptômes ou les variations ressenties par une sportive sont sans importance. Une approche individualisée peut tenir compte du ressenti, de la tolérance à l’effort et des symptômes. Des règles devenues irrégulières, absentes ou inhabituellement abondantes méritent une évaluation adaptée ; elles ne permettent pas, à elles seules, de diagnostiquer un manque d’énergie, un stress ou un surentraînement. Le suivi du cycle relève d’un choix personnel et de données de santé à traiter avec confidentialité.
AUTEUR
Pedro Valenzuela
Affiliations indiquées dans l’article d’origine : chercheur à l’unité de physiologie de l’Universidad de Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centro de Medicina del Deporte (AEPSAD, CAR de Madrid).
Site : www.fissac.com
Références
- Lowe DA, Baltgalvis KA, Greising SM. Mechanisms behind Estrogens’ Beneficial Effect on Muscle Strength in Females. Exerc Sport Sci Rev. 2010;38(2):61–67. doi:10.1097/JES.0b013e3181d496bc
- McNulty KL, Elliott-Sale KJ, Dolan E, et al. The Effects of Menstrual Cycle Phase on Exercise Performance in Eumenorrheic Women: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports Med. 2020;50(10):1813-1827. doi:10.1007/s40279-020-01319-3
- Meignié A, Duclos M, Carling C, et al. The Effects of Menstrual Cycle Phase on Elite Athlete Performance: A Critical and Systematic Review. Front Physiol. 2021;12:654585. doi:10.3389/fphys.2021.654585
