Les triathlons d’ultra-endurance, qui enchaînent 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied, se sont développés depuis le premier Ironman de 1978. Leur durée place la préparation nutritionnelle parmi les enjeux de la performance.
Estimer la dépense énergétique aide à préparer les apports pendant la course. L’objectif consiste à soutenir l’effort avec une stratégie réalisable et tolérée, sans supposer qu’il faille remplacer intégralement toutes les calories dépensées pendant l’épreuve.
Les travaux cités rapportent des dépenses de l’ordre de 8 500 à 11 500 kcal, avec une forte variabilité. Dans l’étude de Kimber et ses collègues, publiée en 2002 et menée auprès de 10 hommes et 8 femmes, les dépenses moyennes estimées étaient respectivement de 10 036 et 8 570 kcal. Les apports atteignaient 3 940 et 3 115 kcal, soit un déficit proche de 60 %. Il s’agit de moyennes observées dans un petit échantillon, et non de besoins individuels universels.
L’étude de Barrero, Erola et Bescós, publiée en 2015, a examiné le bilan énergétique, les apports en macronutriments et la performance de 11 triathlètes amateurs masculins lors d’un triathlon d’ultra-endurance à Salou.
Le temps moyen était d’environ 12 heures et demie. Les participants passaient 69 % du temps en zone I, sous le seuil aérobie, 22 % en zone II, entre les seuils aérobie et anaérobie, et 9 % en zone III. Leur fréquence cardiaque moyenne atteignait 137 battements par minute. Ces données décrivent une intensité principalement basse à modérée ; elles ne mesurent pas directement la part des lipides oxydés pendant la course.
L’apport énergétique moyen était de 3 643 kcal, pour une dépense estimée de 11 009 kcal, soit un déficit de 66,9 %. La masse corporelle diminuait en moyenne de 4,3 kg, ou 5,7 %. Cette variation ne correspond pas uniquement à une perte d’eau et ne permet pas, à elle seule, de prédire une baisse certaine de performance. La dépense était estimée à partir de la relation entre fréquence cardiaque et consommation d’oxygène ; il ne s’agissait pas d’une mesure directe de chaque calorie utilisée pendant la course.
Les glucides représentaient environ 90 % de l’énergie ingérée, soit quelque 927 g sur l’épreuve. Un apport glucidique plus élevé pendant le vélo était associé à une meilleure performance entre participants ; cette observation ne démontre pas qu’une modification de l’apport chez un même athlète ait causé un changement de performance. Les auteurs discutent aussi l’intérêt d’associer différents glucides. Leur étude n’a toutefois pas mesuré le ratio réellement consommé et ne démontre pas qu’un mélange glucose–fructose–maltodextrine de 1:1:1 soit optimal pour tous.
Tableau 1. Apports en macronutriments rapportés par Barrero et ses collègues, tableau 3 de l’article original : moyenne (écart-type). Les valeurs sont reproduites telles que publiées. Les ratios de la colonne « Total » en g/kg ne correspondent pas à la somme des étapes ; la note originale associée à la ligne g/h mentionne par ailleurs un temps en minutes. Ces ambiguïtés de présentation empêchent d’utiliser ces lignes comme des consignes individuelles d’apport.

Une épreuve prolongée mobilise à la fois les glucides et les lipides. Le déficit énergétique observé ne prouve cependant pas qu’augmenter les graisses ingérées pendant la course améliore la performance. L’article original souligne lui-même l’absence de bénéfice démontré pour les apports lipidiques qu’il discute. L’athlète, son entraîneur et un professionnel de la nutrition peuvent préparer une stratégie individualisée, tenant compte des glucides, de la durée d’effort et de la tolérance digestive, puis la tester à l’entraînement avant de l’utiliser en compétition. Cela ne revient pas à recommander systématiquement davantage de graisses pendant la course.
La préparation nutritionnelle doit donc tenir compte de la dépense estimée, des possibilités d’ingestion et de la réponse propre à l’athlète. Réduire un déficit excessif peut contribuer à soutenir l’effort, mais ces observations ne garantissent pas une amélioration proportionnelle de la performance. Les réserves de glucides et la capacité à utiliser les lipides participent toutes deux à l’effort prolongé. Parmi les objectifs de l’entraînement figure l’amélioration de l’endurance, sans déduire de cette étude qu’il faille épuiser le glycogène ou privilégier systématiquement un régime riche en graisses.
RÉFÉRENCES
- Laursen, P. B. & Rhodes, E. C. Factors affecting performance in an ultraendurance triathlon. Sports Med. 31, 195–209 (2001).
- Kimber, N. E., Ross, J. J., Mason, S. L. & Speedy, D. B. Energy balance during an ironman triathlon in male and female triathletes. Int. J. Sport Nutr. Exerc. Metab. 12, 47–62 (2002).
- Kreider, R. B. Physiological considerations of ultraendurance performance. Int. J. Sport Nutr. 1, 3–27 (1991).
- Barrero, A., Erola, P. & Bescós, R. Energy balance of triathletes during an ultra-endurance event. Nutrients 7, 209–22 (2015).
AUTEURS :
Diplômé en sciences de l’activité physique et du sport, titulaire d’un master en physiologie intégrative et d’une spécialisation universitaire en entraînement personnel ; NSCA–CPT.
