Les bénéfices de l’activité physique régulière suscitent un intérêt croissant pour les sports d’endurance. Certaines personnes se tournent ensuite vers des épreuves beaucoup plus longues, comme l’Ironman : 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied. Cette transition implique des contraintes bien différentes de celles d’une activité physique habituelle.
Un effort prolongé et intense peut entraîner une élévation transitoire de marqueurs sanguins également utilisés en médecine. Leur interprétation dépend toutefois du contexte : une concentration élevée après une course ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic de lésion cardiaque, rénale ou hépatique. Le débat scientifique porte notamment sur la part respective des réponses physiologiques transitoires et d’éventuelles modifications pathologiques. La référence suivante présente l’un des points de vue de ce débat, sans régler à elle seule la question des conséquences à long terme 1.
Pour décrire ces réponses après un Ironman, une équipe suédoise a recruté 30 triathlètes, 15 hommes et 15 femmes 2. Une participante n’ayant pas terminé la course, les analyses portaient sur 29 personnes : 15 hommes et 14 femmes. Les prélèvements avaient lieu environ deux semaines avant l’épreuve (T1), dans l’heure suivant l’arrivée (T2), puis environ une semaine après (T3). Ce suivi court ne permettait pas d’établir les conséquences à long terme.
Tous les marqueurs étudiés sauf l’ALAT augmentaient significativement à T2. Certaines réponses, notamment celles de la myoglobine et de la créatinine, différaient entre hommes et femmes. En revanche, les résultats ne montraient pas de différence significative entre sexes pour la troponine T et le NT-proBNP. Ce petit échantillon ne permet pas de conclure que les femmes tolèrent universellement mieux l’ultra-endurance.
Figure 1. Synthèse qualitative de l’évolution des moyennes du groupe, d’après Danielsson et ses collègues, PLOS ONE, 2017, figure 1 (doi:10.1371/journal.pone.0179324). Le tableau français ne reproduit pas les valeurs chiffrées, les intervalles de confiance ou les différences entre sexes du graphique original. Il distingue notamment le maximum tardif de l’ALAT.
Après une semaine, la plupart des marqueurs avaient diminué vers leur niveau initial. Le retour n’était cependant pas complet pour tous : l’ASAT restait élevée et l’ALAT atteignait son maximum lors de cette dernière mesure. L’étude ne définit ni une fréquence annuelle sûre d’Ironman ni un délai universel de récupération. Elle invite à interpréter les analyses dans leur contexte et à adapter préparation et récupération aux personnes, plutôt qu’à déduire un diagnostic ou une règle générale d’un marqueur isolé.
RÉFÉRENCES
- Ruiz, J. R., Joyner, M. & Lucia, A. CrossTalk opposing view: Prolonged intense exercise does not lead to cardiac damage. J. Physiol. 591, 4943–4945 (2013).
- Danielsson, T. et al. Blood biomarkers in male and female participants after an Ironman-distance triathlon. PLoS One 12, e0179324 (2017).
AUTEURS :
Diplômé en sciences de l’activité physique et du sport, titulaire d’un master en physiologie intégrative et d’une spécialisation universitaire en entraînement personnel ; NSCA–CPT.
Site web : www.fissac.com
Pedro Valenzuela
Présentation de l’auteur dans l’article d’origine : chercheur à l’unité de physiologie de l’Université d’Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centre de médecine du sport (AEPSAD, CAR de Madrid).
Site web : www.fissac.com
