L’été donne souvent envie de rejoindre la montagne pour pratiquer la randonnée, le trail ou le cyclisme. Certains sportifs effectuent également des stages en altitude afin de rechercher des adaptations physiologiques. Leurs effets dépendent de l’altitude, de la durée et du profil du sportif ; ils ne sont pas garantis. L’alimentation fait partie des éléments à préparer pour ces séjours.
Que se passe-t-il dans l’organisme en altitude ?
La pression atmosphérique diminue avec l’altitude, tandis que la proportion d’oxygène dans l’air reste approximativement constante. C’est donc sa pression partielle et la quantité disponible par volume d’air qui diminuent. Le VO₂max et certaines performances peuvent baisser. Dans une étude chez 8 sportifs d’endurance exposés en chambre hypobare à des altitudes simulées de 300 à 2 800 m, le VO₂max diminuait en moyenne de 6,3 % par tranche de 1 000 m (1). Le temps jusqu’à épuisement à vitesse fixée diminuait davantage, de 14,5 % par tranche de 1 000 m. Ce résultat ne prédit pas la même baisse pour chaque athlète. L’estimation d’environ 12 % à 2 300 m évoquée dans l’article doit être rapportée au point de référence de l’étude, et non présentée comme une valeur exacte depuis le niveau de la mer.
Pourquoi s’intéresser aux glucides en altitude ?
Les glucides contribuent fortement à l’effort, en particulier lorsque l’intensité relative augmente. L’article citait des intensités de 60 à 80 % du VO₂max, mais la proportion de substrats utilisés dépend de plusieurs facteurs. Le travail publié dans PNAS par McClelland et al. (1998) portait sur des rats acclimatés à l’hypoxie, et non sur des sportifs (2). À 60 % de leur VO₂max respectif, les groupes utilisaient une proportion similaire de glucides ; cela ne signifie ni une quantité absolue identique ni une règle universelle chez l’humain. L’étude soutient l’importance de l’intensité relative. À une même vitesse extérieure, l’effort peut représenter une part plus élevée des capacités aérobies en altitude.
Les essais humains apportent des résultats qui dépendent du contexte. Oliver et al. ont réparti 41 participants à une expédition de 22 jours entre complément glucidique et placebo. Lors d’un contre-la-montre en montagne à 5 192 m, les participants ayant respecté le protocole glucidique ont rapporté un effort perçu inférieur de 18 % et réalisé un temps inférieur de 17 % au groupe placebo (3) ; ces résultats ne décrivent pas automatiquement l’ensemble des personnes randomisées. Dans un autre essai, 16 hommes en déficit énergétique ont réalisé un test cycliste au niveau de la mer, puis aux jours 3 et 10 à 4 300 m. Les temps étaient meilleurs avec les glucides qu’avec le placebo en altitude : 80 contre 105 minutes au jour 3 et 77 contre 90 minutes au jour 10 (4). La saturation en oxygène ne s’améliorait pas nécessairement avec cette performance ; elle était même plus basse dans le groupe glucides pendant le test du jour 10. Un essai ultérieur chez des résidents de moyenne altitude maintenant leur équilibre énergétique n’a pas observé de bénéfice significatif sur le temps du test (5). Ces différences empêchent d’annoncer un gain unique et garanti, par exemple de 20 %, pour tout séjour.
Conclusions
En altitude, une même allure — par exemple 5 min/km — peut représenter un effort relatif plus élevé. Il est donc utile d’adapter la charge et les apports glucidiques, tout en couvrant les besoins énergétiques globaux. Un complément glucidique peut être pratique dans certaines séances longues ou exigeantes, surtout en cas d’apports insuffisants, mais il n’est pas automatiquement nécessaire pour toute activité en montagne. L’acclimatation, qu’il s’agisse des premiers jours ou de 1 à 2 semaines de séjour, et l’équilibre énergétique comptent. La dépense ne doit pas être supposée plus élevée dans les mêmes proportions pour chaque activité ou chaque personne.
AUTEUR
Pedro Valenzuela
Chercheur à l’unité de physiologie de l’Université d’Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centre de médecine du sport (AEPSAD, CAR de Madrid), selon l’affiliation indiquée lors de la publication.
Site web : www.fissac.com
Références
- Wehrlin JP, Hallén J. Linear decrease in VO2max and performance with increasing altitude in endurance athletes. Eur J Appl Physiol. 2006;96(4):404–12.
- Mcclelland GB, Hochachka PW, Weber JM. Carbohydrate utilization during exercise after high-altitude acclimation: A new perspective. Proc Natl Acad Sci U S A. 1998;95(17):10288–93.
- Oliver SJ, Golja P, MacDonald JH. Carbohydrate supplementation and exercise performance at high altitude: A randomized controlled trial. High Alt Med Biol. 2012;13(1):22–31.
- Fulco C, Kambis KW, Friedlander AL, Rock PB, Muza SR, Cymerman A. Carbohydrate supplementation improves time-trial cycle performance during energy deficit at 4,300-m altitude. J Appl Physiol. 2005;99(3):867–76.
- Fulco CS, Zupan M, Muza SR, Rock PB, Kambis K, Payn T, et al. Carbohydrate supplementation and endurance performance of moderate altitude residents at 4300 m. Int J Sports Med. 2007;28(5):437–43.
