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Les oméga-3 peuvent-ils aider face aux infections chez les sportifs ?

Oméga-3, exercice et système immunitaire : un point sur les questions posées par les études et la distinction entre marqueurs biologiques et infections.

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Les oméga-3 peuvent-ils aider face aux infections chez les sportifs ?

L’exercice modifie temporairement la répartition et l’activité de cellules immunitaires, dont les globules blancs [1]. Après un effort intense, leur baisse dans le sang a alimenté l’hypothèse d’une « fenêtre de risque » infectieux. Cette baisse ne démontre toutefois pas à elle seule une immunodépression ni une infection à venir : une redistribution des cellules vers les tissus fait partie des explications discutées. La revue de Campbell et Turner (2018, doi:10.3389/fimmu.2018.00648) souligne cette distinction.

Chez les sportifs de haut niveau, il faut donc distinguer les symptômes respiratoires d’un risque d’infection des voies respiratoires supérieures effectivement démontré. Aux Jeux olympiques de Londres en 2012, 310 des 758 maladies enregistrées concernaient le système respiratoire, soit 41 % des maladies, et non 41 % des 10 568 athlètes participants [2]. Toutes ces atteintes respiratoires n’étaient pas nécessairement infectieuses. Charge d’entraînement, récupération, stress et disponibilité énergétique peuvent faire partie de l’évaluation d’un sportif présentant des symptômes répétés. La prise en charge nutritionnelle et l’évaluation des compléments doivent s’inscrire dans cette analyse, sans présenter les oméga-3 comme une prévention établie des infections.

Quels effets des oméga-3 ont été étudiés ?

Les oméga-3 constituent une famille d’acides gras : l’ALA est notamment présent dans certaines noix et graines, tandis que les poissons gras apportent de l’EPA et du DHA. Ces différentes sources ne sont pas interchangeables gramme pour gramme. Les effets possibles sur la santé et la réponse à l’exercice, ainsi que leurs limites pour le rendement sportif, sont aussi abordés dans un article précédent.

Certaines études examinent des effets anti-inflammatoires et des modifications de marqueurs immunitaires [3–5]. L’essai d’Andrade concernait 20 nageurs suivis pendant 6 semaines et mesurait des paramètres biologiques, pas une réduction clinique des infections [4]. La référence de Stupin est une revue, non un essai supplémentaire de prévention [5]. Chez 23 jeunes adultes asthmatiques allergiques aux acariens, Schubert a observé des effets sur l’inflammation bronchique après provocation allergénique, sans différence entre groupes sur les symptômes ou le VEMS ; cette étude n’évaluait pas la prévention des infections respiratoires chez les athlètes [6]. Les effets sur certaines cellules immunitaires ne suffisent donc pas à conclure à une protection contre les infections. L’essai de Gray, chez 16 hommes pendant 6 semaines, observait notamment des modifications d’IL-2 et d’activité des cellules NK après l’effort, sans mesurer un bénéfice clinique infectieux [7].

En pratique, comment interpréter ces résultats en cas d’infections répétées ?

Les travaux cités ne permettent pas de prescrire les oméga-3 comme mesure préventive démontrée. Il est d’abord utile d’évaluer les éventuelles infections rapportées lors des saisons précédentes, de vérifier leur diagnostic et d’identifier les périodes concernées. L’analyse peut prendre en compte : i) les changements de volume ou d’intensité de l’entraînement ; ii) le stress professionnel ou personnel ; iii) un enchaînement de compétitions — par exemple plusieurs week-ends consécutifs — ; iv) des périodes de récupération courte entre séances ou compétitions ; v) des épreuves particulièrement exigeantes. Ces éléments orientent une évaluation individualisée, pas un diagnostic à partir du calendrier seul.

Le texte d’origine proposait de planifier une supplémentation 6 à 8 semaines avant une période supposée à risque. Cette proposition de calendrier ne doit pas être confondue avec un protocole validé de prévention infectieuse. Les décisions concernant un complément reposent sur les besoins individuels et sur une évaluation nutritionnelle, conformément au cadre du consensus du CIO [3].

Conclusions

L’exercice et les oméga-3 peuvent modifier certains marqueurs immunitaires. Les études citées n’établissent pas qu’une supplémentation préventive diminue les infections chez les sportifs. Distinguer marqueurs biologiques, inflammation allergique, symptômes et infections diagnostiquées est essentiel pour interpréter ces résultats.

Auteur

Lucas Jurado Fasoli — Docteur en biomédecine (UGR), diététicien-nutritionniste. Présentation dans l’article original : chercheur postdoctoral à l’Institut mixte universitaire Sport et Santé et au Département de physiologie de l’Université de Grenade.

 

Références

[1]       Pedersen BK, Toft AD. Effects of exercise on lymphocytes and cytokines. Br J Sports Med 2000;34:246–51.
[2]       Engebretsen L, Soligard T, Steffen K, Alonso JM, Aubry M, Budgett R, et al. Sports injuries and illnesses during the London Summer Olympic Games 2012. Br J Sports Med 2013;47:407–14.
[3]       Maughan RJ, Burke LM, Dvorak J, Larson-Meyer DE, Peeling P, Phillips SM, et al. IOC consensus statement: Dietary supplements and the high-performance athlete. Br J Sports Med 2018;52:439–55. https://doi.org/10.1136/bjsports-2018-099027.
[4]       Andrade PMM, Ribeiro BG, Bozza MT, Rosa LFBC, do Carmo MGT. Effects of the fish-oil supplementation on the immune and inflammatory responses in elite swimmers. Prostaglandins Leukot Essent Fatty Acids 2007;77:139–45.
[5] Stupin M, Kibel A, Stupin A, Selthofer-Relatić K, Matić A, Mihalj M, et al. The physiological effect of n-3 polyunsaturated fatty acids (n-3 PUFAs) intake and exercise on hemorheology, microvascular function, and physical performance in health and cardiovascular diseases; is there an interaction of exercise and dietary n-3 PUFA intake? Front Physiol 2019;10:1129. doi:10.3389/fphys.2019.01129.
[6]      Schubert R, Kitz R, Beermann C, Rose MA, Lieb A, Sommerer PC, et al. Effect of n–3 polyunsaturated fatty acids in asthma after low-dose allergen challenge. Int Arch Allergy Immunol 2009;148:321–9.
[7]       Gray P, Gabriel B, Thies F, Gray SR. Fish oil supplementation augments post-exercise immune function in young males. Brain Behav Immun 2012;26:1265–72.

 

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