Le microbiote intestinal suscite un intérêt croissant, au point d’être parfois comparé à un « organe ». Ce terme désigne l’ensemble des bactéries et des autres micro-organismes qui vivent dans notre intestin. Ils participent à la transformation de composés alimentaires et interagissent avec notre métabolisme et notre système immunitaire. Des modifications de leur composition ou de leur fonctionnement, souvent regroupées sous le terme de dysbiose, sont associées à différentes maladies métaboliques et inflammatoires. Ces relations sont complexes : une association ne démontre pas que la dysbiose est l’origine unique d’une maladie. L’alimentation, les médicaments, notamment les antibiotiques, et de nombreux autres facteurs peuvent influencer cet écosystème.
Au-delà de ces liens avec la santé, des chercheurs examinent le rôle possible du microbiote dans les réponses à l’exercice. En 2019, une étude publiée dans Nature Medicine a contribué à ouvrir cette piste de recherche.1 Les chercheurs ont analysé les selles de participants au marathon de Boston et observé, après la course, une augmentation de l’abondance relative de bactéries du genre Veillonella, capables d’utiliser le lactate. Cette observation chez l’humain ne prouve pas que ces bactéries améliorent ses performances. Les chercheurs ont ensuite isolé une souche de Veillonella atypica et l’ont administrée à des souris. Ils ont comparé les résultats avec ceux obtenus après administration d’une bactérie témoin, Lactobacillus bulgaricus. Dans ce protocole, les souris ayant reçu V. atypica ont couru plus longtemps sur tapis jusqu’à l’épuisement. Les expériences impliquent notamment la conversion du lactate en propionate. Il s’agit d’un résultat animal, qui ne constitue pas une démonstration d’efficacité d’un complément chez le sportif.
Un autre travail, publié en 2021 dans The Journal of Physiology, a étudié les liens entre microbiote et adaptations musculaires à l’entraînement, également chez la souris.3 Quarante-deux souris femelles ont été réparties entre des groupes avec ou sans traitement antibiotique, sédentaires ou soumis à une course sur roue avec résistance progressive. Le traitement a fortement modifié leur microbiote. Les groupes entraînés avaient une activité de course comparable, mais certaines fibres musculaires se sont moins hypertrophiées chez les souris traitées. Certaines augmentations de cellules satellites et de noyaux musculaires observées chez les souris non traitées étaient également absentes. Ces marqueurs ne mesurent pas à eux seuls la capacité globale de régénération d’un muscle humain. Les cytokines sanguines ne différaient pas entre les groupes, ce qui ne soutenait pas une inflammation systémique dans ce protocole.
Ces expériences suggèrent que le microbiote peut participer aux réponses à l’exercice et à certaines adaptations musculaires. Leur caractère animal limite toutefois les conclusions pratiques pour l’humain. Elles ne justifient ni de modifier un traitement antibiotique prescrit, ni d’utiliser une transplantation de microbiote pour améliorer ses performances. Chez des adultes en bonne santé, une revue de 18 études a observé des associations entre activité physique, condition cardiorespiratoire et diversité bactérienne ; les résultats des interventions restaient hétérogènes.2 Une alimentation variée, apportant notamment des fibres, contribue au fonctionnement intestinal. Certains aliments fermentés peuvent y trouver leur place, mais leurs effets dépendent des aliments, des micro-organismes et des personnes : ils ne garantissent ni une diversité particulière ni un gain de performance. Les effets du stress, de l’alimentation et des médicaments s’inscrivent dans cet ensemble. Prendre soin de sa santé digestive est pertinent ; les résultats préliminaires sur le microbiote ne doivent pas être transformés en promesse sportive.
AUTEUR
Pedro Valenzuela
Affiliations indiquées dans l’article d’origine : chercheur à l’unité de physiologie de l’Universidad de Alcalá et à l’unité de contrôle de la performance du Centro de Medicina del Deporte (AEPSAD, CAR de Madrid).
Site : www.fissac.com
Références
- Scheiman J, Luber JM, Chavkin TA, et al. Meta-omics analysis of elite athletes identifies a performance-enhancing microbe that functions via lactate metabolism. Nat Med. 2019;25(7):1104-1109. doi:10.1038/s41591-019-0485-4
- Ortiz-Alvarez L, Xu H, Martinez-Tellez B. Influence of Exercise on the Human Gut Microbiota of Healthy Adults: A Systematic Review. Clin Transl Gastroenterol. 2020;11(2):e00126. doi:10.14309/ctg.0000000000000126
- Valentino TR, Vechetti IJ, Mobley CB, et al. Dysbiosis of the gut microbiome impairs mouse skeletal muscle adaptation to exercise. J Physiol. 2021;599(21):4845–4863. doi:10.1113/JP281788
