Les protéines remplissent de nombreuses fonctions essentielles, chez les sportifs comme chez les personnes qui ne pratiquent pas de sport. Elles participent notamment à l’entretien des tissus, aux adaptations musculaires et à la réparation après l’exercice. Des apports suffisants comptent à tout âge, avec une attention particulière lorsque les besoins ou le risque de perte musculaire augmentent.
Quels bénéfices attendre d’un apport protéique plus élevé ?
Le repère souvent cité de 0,8 g/kg/jour correspond à une recommandation générale américaine pour les adultes ; ce n’est pas une limite maximale ni un objectif adapté à toutes les situations sportives. Une méta-analyse de 49 études, regroupant 1 863 participants, a observé de petits bénéfices supplémentaires de la supplémentation protéique sur les gains de force et de masse musculaire associés à l’entraînement de résistance. Dans son analyse, les gains de masse non grasse n’augmentaient plus clairement au-delà d’un apport total estimé à environ 1,6 g/kg/jour. Ce résultat moyen ne définit pas un seuil identique pour chaque personne.1 Une autre revue, portant sur 74 essais randomisés, a également trouvé de petits gains supplémentaires de masse maigre et de certains indicateurs de force. Les résultats variaient selon l’âge, l’entraînement et les apports : chez les moins de 65 ans suivant un entraînement de résistance, les bénéfices sur la masse maigre étaient notamment observés dans les études avec au moins 1,6 g/kg/jour. Cela ne signifie pas qu’augmenter indéfiniment les quantités améliore les résultats.2 Des apports élevés sont aussi observés en endurance. Par exemple, certaines études de cyclistes professionnels ont relevé environ 3,0 g/kg/jour pendant le Tour d’Andalousie et 3,3 g/kg/jour pendant la Vuelta. Il s’agit d’apports mesurés dans des contextes de course et de besoins énergétiques élevés, et non de quantités démontrées nécessaires à tous les cyclistes 3–6.
Apports élevés et fonction rénale : pourquoi la question se pose-t-elle ?
Le métabolisme des protéines produit notamment de l’urée, éliminée par les reins. Une augmentation des apports peut modifier la charge de travail rénale et le débit de filtration glomérulaire. Une telle adaptation ne prouve pas, à elle seule, une lésion rénale, mais les personnes atteintes de maladie rénale constituent une situation différente. La quantité de protéines doit alors être déterminée avec l’équipe soignante, selon le stade de la maladie, les traitements et l’état nutritionnel. La revue Cochrane citée ici concerne spécifiquement des adultes ayant une maladie rénale chronique, sans diabète et sans dialyse ; ses résultats ne justifient pas une restriction décidée sans suivi.7
Chez les adultes étudiés sans maladie rénale, les travaux disponibles n’ont pas mis en évidence de dégradation cohérente de la fonction rénale attribuable aux régimes riches en protéines. La durée des études, les effectifs et les mesures utilisées limitent toutefois la portée de cette observation : elle ne garantit pas l’absence de tout risque pour toute personne, à toute dose et sur toute la vie.8 Une méta-analyse de 28 essais, regroupant 1 358 participants, comparait des apports élevés — définis selon les études par au moins 1,5 g/kg/jour, 20 % de l’apport énergétique ou 100 g/jour — à des apports plus faibles. Le débit de filtration glomérulaire était légèrement supérieur dans la comparaison des valeurs finales, tandis que son évolution depuis le début de l’intervention ne différait pas significativement entre les groupes. Ces résultats doivent être décrits précisément, plutôt que comme une absence de toute modification rénale.9 Un essai croisé randomisé a suivi quatorze hommes en bonne santé, entraînés en musculation, pendant un an. Chacun alternait des périodes de son alimentation habituelle, déjà riche en protéines, et des périodes avec davantage de protéines, soit environ six mois dans chaque condition. Les apports moyens étaient respectivement de 2,51 et 3,32 g/kg/jour. Les chercheurs n’ont pas observé d’effet défavorable sur les paramètres lipidiques, hépatiques ou rénaux mesurés. Il ne s’agissait donc pas de douze mois continus à la dose la plus élevée.10 Une publication ultérieure a prolongé le suivi de cinq participants pendant une année supplémentaire. Aucun effet défavorable n’a été mis en évidence sur les paramètres examinés, mais cette série de cinq cas ne constitue pas une démonstration générale de sécurité à long terme.11
À retenir
Un apport protéique adapté peut soutenir les adaptations à l’entraînement, l’entretien musculaire et la récupération. Une alimentation très riche en protéines n’est cependant pas nécessaire pour tout le monde, et les bénéfices supplémentaires tendent à diminuer lorsque les besoins sont déjà couverts. Les études chez des adultes sans maladie rénale sont rassurantes sur les paramètres étudiés, sans établir une sécurité illimitée à toutes les doses. En cas de maladie rénale ou de situation médicale particulière, il faut individualiser les apports avec un professionnel de santé. Le choix des aliments, l’équilibre global de l’alimentation et les besoins réels comptent autant que la quantité totale de protéines.
Références
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