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Séjour en altitude : pourquoi surveiller les apports énergétiques ?

L’altitude peut modifier le métabolisme et l’appétit. Des études illustrent l’importance de limiter le déficit énergétique pendant un séjour ou un stage.

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Séjour en altitude : pourquoi surveiller les apports énergétiques ?

Les stages en altitude sont utilisés par certains sportifs d’élite pour rechercher des adaptations à l’hypoxie, notamment une stimulation de l’érythropoïétine et de la production de globules rouges. Plusieurs compétitions, en trail ou en cyclisme par exemple, se déroulent aussi en altitude. L’acclimatation peut être utile, mais les adaptations et les bénéfices de plusieurs semaines de séjour varient selon le protocole et le sportif.
La nutrition fait partie des éléments à anticiper avant un séjour en altitude. Il faut notamment tenir compte de l’entraînement prévu, de l’appétit et de la disponibilité des aliments.

Les effets de l’altitude sur le métabolisme

Comme nous l’avons évoqué dans de précédents articles, la baisse de pression atmosphérique réduit la pression partielle d’oxygène inspiré. Dans l’étude de Wehrlin et Hallén (2006), huit sportifs d’endurance ont couru en chambre hypobare entre 300 et 2 800 m simulés. Le VO₂max diminuait en moyenne de 6,3 % par 1 000 m et le temps jusqu’à épuisement à vitesse constante de 14,5 %. Ces chiffres ne décrivent ni toutes les performances ni une hausse équivalente du coût en oxygène de chaque activité. Un effort peut représenter une plus grande fraction des capacités disponibles sans être automatiquement moins économique. Woods et al. (2017) ont, de leur côté, comparé cinq coureurs à 2 200 m et cinq témoins à 600 m pendant quatre semaines : le métabolisme de repos augmentait davantage dans le groupe altitude, sans augmentation significative de l’apport énergétique ni changement anthropométrique significatif. Le texte d’origine rapporte une hausse d’environ 19 % du métabolisme de repos ; cette valeur ne s’applique pas automatiquement à chaque sportif.

Métabolisme de repos avant et après quatre semaines chez cinq athlètes à 2 200 m (ALT) et cinq témoins à 600 m (CON), selon Woods et al.
Figure 1. Métabolisme de repos avant et après quatre semaines d’entraînement : ALT, cinq athlètes à 2 200 m ; CON, cinq témoins à 600 m. Les tracés représentent les mesures individuelles de la figure de Woods et al. (2017), dont les libellés ont été adaptés en français. Le groupe témoin n’était pas au niveau de la mer.

Les conséquences possibles d’un déficit énergétique

Si les besoins augmentent sans que les apports suivent, un déficit énergétique peut apparaître. L’appétit ne compense pas toujours ce décalage. Karl et al. (2018) ont étudié 17 hommes non acclimatés pendant 22 jours à 4 300 m, avec alimentation hypocalorique et activité prescrite. L’appétit était réduit surtout au début du séjour, puis ne différait plus du niveau de départ après acclimatation et perte de poids. Les variations d’insuline, de leptine et d’autres hormones coïncidaient avec ces changements ; l’étude ne démontre pas que deux hormones expliquent à elles seules la baisse d’appétit dans tous les séjours.
Un déficit important peut compromettre la récupération et la conservation de la masse maigre. Dans l’essai de Berryman et al. (2018), 17 hommes ont séjourné 22 jours à 4 300 m avec un déficit planifié de 40 % ; l’estimation finale à partir des réserves corporelles atteignait environ 70 %. La perte de poids moyenne était de 7,9 kg, dont 3,6 kg de masse non grasse, sans protection supplémentaire avec 2 g de protéines/kg/jour par rapport à 1 g/kg/jour. La masse non grasse ne correspond pas uniquement au muscle. La méta-analyse de Dünnwald et al. (2019) rapporte des baisses moyennes de 2,6 kg de poids, 1,5 kg de masse grasse et 1,3 kg de masse non grasse, avec une forte hétérogénéité entre études ; la perte de poids moyenne atteignait 4,9 kg dans le sous-groupe au-dessus de 5 300 m. Ces moyennes regroupent des contextes différents et ne sont pas des prévisions individuelles.

Conclusions

Un séjour en altitude peut modifier les besoins énergétiques et l’appétit. L’objectif est d’éviter qu’un déficit prolongé n’affecte la récupération, la composition corporelle et l’entraînement. Il convient d’adapter les apports à la charge réelle et à l’évolution du sportif, plutôt que de supposer que toute activité coûte systématiquement plus d’énergie. Augmenter les protéines seules ne suffit pas à compenser un déficit énergétique sévère.

AUTEUR

Pedro Valenzuela
Affiliations indiquées dans l’article d’origine : chercheur à l’Unité de physiologie de l’Université d’Alcalá et à l’Unité de contrôle de la performance du Centre de médecine du sport (AEPSAD, CAR de Madrid).
Site web : www.fissac.com

 

Références

  • Berryman, C. E., Young, A. J., Karl, J. P., Kenefick, R. W., Margolis, L. M., Cole, R. E., … Pasiakos, S. M. (2018). Severe negative energy balance during 21 d at high altitude decreases fat-free mass regardless of dietary protein intake: A randomized controlled trial. FASEB Journal, 32(2), 894–905. https://doi.org/10.1096/fj.201700915R
  • Dünnwald, T., Gatterer, H., Faulhaber, M., Arvandi, M., & Schobersberger, W. (2019). Body composition and body weight changes at different altitude levels: A systematic review and meta-analysis. Frontiers in Physiology, 10(MAR). https://doi.org/10.3389/fphys.2019.00430
  • Karl, J. P., Cole, R. E., Berryman, C. E., Finlayson, G., Radcliffe, P. N., Kominsky, M. T., … Pasiakos, S. M. (2018). Appetite Suppression and Altered Food Preferences Coincide with Changes in Appetite-Mediating Hormones during Energy Deficit at High Altitude, but Are Not Affected by Protein Intake. High Altitude Medicine and Biology, 19(2), 156–169. https://doi.org/10.1089/ham.2017.0155
  • Wehrlin, J. P., & Hallén, J. (2006). Linear decrease in VO2max and performance with increasing altitude in endurance athletes. European Journal of Applied Physiology, 96(4), 404–412. https://doi.org/10.1007/s00421-005-0081-9
  • Woods, A., Sharma, A., Garvican-Lewis, L. A., Saunders, P., Rice, T., & Thompson, K. (2017). Four Weeks of Classical Altitude Training Increases Resting Metabolic Rate in Highly Trained Middle-Distance Runners. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 27(1), 83–90.

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